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Sacristie et bibliothèque de la cathédrale Saint-Tugdual (Tréguier)

Dossier IA22133297 réalisé en 2017

Selon le catalogue de la bibliothèque de Tréguier daté de 1491 (Arthur de La Borderie, 1862), la bibliothèque du chapitre de Tréguier comptait 191 volumes dont plusieurs volumes imprimés. Laurent Le Maout, prêtre est nommé "gardien des livres […] existant dans la bibliothèque neuve". A ce titre et contre "distributions capitulaires", "il devra tenir ladite bibliothèque ouverte pendant la durée des divins offices qui seront célébrés en l'église cathédrale de Tréguier, mais non davantage, si ce n'est son plaisir". Il est précisé que la librairie neuve a accueilli les "chanoines tenant chapitre" ce qui permet de penser que cette pièce à usage de bibliothèque pouvait occasionnellement également servir de "salle du chapitre" ou "chambre capitulaire".

Entre 1491 et 1499, la bibliothèque du chapitre s’est vraisemblablement enrichie grâce à un don du chanoine Auffroy de Coëtqueveran. Cette donation comprenait notamment un exemplaire du Catholicon (du grec "universel"), livre rédigé par Jehan Lagadeuc en breton, français et latin, destiné à l’éducation des clercs et imprimé pour la première fois à Tréguier par Jehan Calvez le 5 novembre 1499. Rappelons, que l’imprimerie est arrivée en Bretagne vers 1480-1490 et que le chapitre de la cathédrale est certainement à l'origine de l'installation d'un atelier d'imprimerie à Tréguier dès 1485. Le premier incunable breton ayant été imprimé à Bréhant en décembre 1484.

Dénominations sacristie, bibliothèque
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
Adresse Commune : Tréguier
Adresse : 1 boulevard Anatole le Braz

Selon le "catalogue des évêques de Tréguier rédigé au 15e siècle", la cathédrale Saint-Tugdual est agrandie sous l’épiscopat de Jean de Ploeuc (c’est-à-dire entre 1442 et 1453) d’une sacristie ("revestiarum") et à l’étage d’une librairie ("librariam") pour le chapitre. Pour rappel, il est couramment admis que la construction du cloître a démarré vers 1450 et s’est achevé en 1470 (bénédiction le 25 septembre 1468).

Selon les archives des comptes de fabrique analysées par Michel Chauou, la construction de la librairie par Jean Le Jouhaff, maitre charpentier (qui s’occupe des échafaudages avec du bois provenant de Bégard) et des tailleurs de pierre est en réalité lancée en 1484 et s’achève en 1491 par des travaux de serrurerie. Plancher et lambris de la "nouvelle librairie" sont réalisés par Gérard Dru (menuiser et sculpteur) qui travaille également au mobilier : pupitres, bancs, escabeaux et tables (René Couffon, 1930 ; Michel Chauou, 1969). Du côté de la galerie du cloître au niveau des baies de la sacristie, et du côté ouest, la maçonnerie en pierre de taille de granite témoigne ainsi de deux campagnes de construction distinctes.

La bibliothèque du chapitre de Tréguier s’enrichissait grâce à des dons : d’après Arthur de La Borderie, c’est l’importante donation faite par Prigent Le Barbu, trésorier de la cathédrale (mort le 1er avril 1486) qui a favorisé la construction d'une nouvelle librairie. Ses armoiries sont d’ailleurs placées en 1487 dans la grande vitre de la librairie due à Albert de Horst (peintre et verrier originaire d’Allemagne).

Dans le mur est de la sacristie (située au rez-de-chaussée), le réseau en quadrilobe de la fenêtre principale en arc brisé a conservé en place le seul élément de vitrail ancien de la cathédrale gothique qui confirme parfaitement les sources archivistiques. Sous une mitre épiscopale et portée par deux anges, figurent les armoiries de l’évêque Jean de Ploeuc "chevronné d'hermines et de gueules de six pièces" qui a lancé les travaux du cloître. Sous la verrière éclairée en second jour par la grande lucarne ouverte dans le versant du toit du cloître, se dressait un autel dont la niche-crédence gothique en kersanton témoigne encore de la présence. Entre la tour Hasting (bras nord de la cathédrale) et la sacristie se trouvait, selon Jean-Jacques Rioult, un tambour de porte faisant sas (en colombage ou en menuiserie) conçu afin de sécuriser cet espace. Il était éclairé par une petite fenêtre basse. L'existence de ces dispositions (autel et sas) est confirmée par le procès-verbal du sénéchal de Lannion suite à l'incendie de 1632. Le bras reliquaire de saint Tugdual et le chef de Saint-Yves étaient conservés dans la sacristie avec le "trésor".

L’absence de porte distribuant l’étage de comble et l’analyse de la charpente de type armoricaine (le volume des combles était rabattu par un plafond en torchis) permettent d’affirmer la présence d’une salle haute sous charpente accessible depuis l’escalier en vis de la tour Hasting (donc depuis la cathédrale). L'évêque pouvait passer du manoir épiscopal à l'église cathédrale en traversant la pièce située au premier étage et en descendant par l'escalier en vis (modifié à la même époque).

En 1632, dans la nuit du 5 au 6 septembre, un incendie se déclare dans la sacristie : le feu s'étant maintenu au rez-de-chaussée, le premier étage et la charpente sont restés intactes. Cet épisode est connu par le "Procès-verbal de justice du trésor, titres et garants de l’église cathédrale de Tréguier" daté du 6 septembre et conservé aux Archives départementales des Côtes-d’Armor (2 G 457- f°1). Il nous apprend que "le feu avait pris dans la sacristie de ladite église, avait brûlé et consommés les trésors sacrés, les plus précieux ornements et les plus importants titres, lettres et garants dudit chapitre et de ladite église" (voir l'annexe intitulée "Incendie de la sacristie de la cathédrale de Tréguier, 6 septembre 1632 : extrait du procès-verbal du sénéchal de Lannion). Conservées dans une pièce du manoir épiscopal accolée à la sacristie, les archives de l’évêché n’ont pas été affectées par l’incendie de la sacristie : elles sont transférées au 19e siècle aux archives départementales des Côtes-d’Armor. Malgré un examen attentif, aucune trace d’incendie n’a pu être observée dans l’édifice.

La date de l’aménagement du comble n’est pas connue mais pourrait se rapprocher de celle de la création des trois lucarnes est, c’est-à-dire du 18e siècle ce qui correspond aux travaux d’embellissement du palais épiscopal.

La sacristie faisant partie de l’ensemble architectural formé par la cathédrale et le cloître, elle a été classée au titre des Monuments historiques par la liste de 1840.

En 1935, les deux lucarnes ouest de la sacristie, originellement en bois, ont été remplacées par des lucarnes à fronton curviligne en granite. Peu après, la couverture de la sacristie a été remplacée par des ardoises épaisses de Sizun tandis que la charpente est consolidée.

En 2002, le Ministère de la Culture et de la Communication (Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne) a fait réaliser par Marie-Suzanne de Ponthaud, architecte en chef des monuments historiques, une étude sur la mise en sécurité et la valorisation du trésor conservé dans la sacristie. Elle a permis de réaliser un relevé complet du bâtiment : plans, coupes et élévations.

D’importants travaux de couverture ont été réalisés sur l’édifice en 2014.

Période(s) Principale : milieu 15e siècle, 4e quart 15e siècle , daté par source
Secondaire : 18e siècle, 2e quart 20e siècle
Dates 1484, daté par source
1485, daté par source
1491, daté par source

Édifice situé entre la tour Hasting (bras nord de la cathédrale) et le palais épiscopal constituant la limite ouest du cloître. Il fermait à l’est l’avant-cour du palais épiscopal (aujourd’hui place du Général Leclerc). Construction soignée en pierre de taille et en moellon de granite comprenant à l’origine un rez-de-chaussée à usage de sacristie-chapelle, un étage sous charpente à usage de bibliothèque. La pièce du rez-de-chaussée est éclairée à l’est, côté cloître, par trois baies (dont une grande baie à remplage gothique) ; à l’ouest, par deux hautes baies à linteau droit chanfreiné et par une fenêtre basse éclairant à l’origine un tambour de porte situé entre la Tour Hasting et la sacristie. Les vitraux en petit losange de couleur claire des baies du rez-de-chaussée ont été conservés. La salle haute est dotée de dix fenêtres (menuiseries à petits bois) : cinq vers l’est, cinq vers l’ouest comportant chacune un glacis à trois degrés. Cette salle surprend par la qualité de son éclairage naturel donnant un aspect solennel à cet espace. Le plancher est constitué de tomettes reposant sur de la terre. La vocation de "coffre-fort" de l’édifice est renforcée par la présence de grilles sur chacune des fenêtres du rez-de-chaussée et de l’étage à l’est et à l’ouest. Le parement intérieur des maçonneries de moellon, autrefois enduit, est malheureusement jointoyé au ciment.

La couverture actuelle en ardoises épaisses de Sizun est percée à l’est de trois lucarnes à linteau en arc segmentaire, à l’ouest de deux lucarnes à linteau droit et à fronton curviligne en pierre de taille de granite dans le style du palais épiscopal (lucarnes ouest créées au 20e siècle). Le bâtiment a conservé sa charpente ancienne en dépit de plusieurs campagnes de restauration (et de l’incendie de 1632). Le positionnement de la souche de cheminée située entre la sacristie-bibliothèque et le palais épiscopal laisse penser à la présence d’une cheminée dans la sacristie ou dans la salle haute (cheminée aujourd’hui disparue). Une corniche en granite souligne les murs gouttereaux. Le pignon nord, découvert, a conservé ses rampants et crossettes sculptées de têtes mi-humaines, mi-animales.

Contrairement à la façade ouest restaurée au 20e siècle (le linteau en granite de la petite baie ouest a été changé en raison de sa fracture), à l’est, côté cloître, l’état sanitaire des maçonneries en pierre de taille est peu satisfaisant notamment au niveau de l’étage. De nouvelles techniques permettent de restaurer les pierres de taille sans avoir à les remplacer : une solution pour conserver les pierres d’origine de l’édifice.

Murs granite pierre de taille
moellon
Toit ardoise
Plans plan rectangulaire régulier
Étages 1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée sans travées
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
États conservations état moyen
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1840
Précisions sur la protection

Cathédrale (ancienne) et cloître (cad. 1999 AC 26) : classement par liste de 1840.

Annexes

  • Extrait du "catalogue des évêques de Tréguier rédigé au 15e siècle" (transcrit en latin par René Couffon en 1929)

    "Item, inter alia gesta ipsius recommandabilia, ordinavit primo incipi et edificari fecit claustrum ipsisus ecclesiae et fecit ad perfectum conduci vita commite ac revestiarum et librariam desuper pariter radicines fieri fecit et perfecit ; fecit que scribi illam magnam lecturam Bellevacen. Avenione et deferi sumptuosa cujus major pars est in eadem libraria".

    "De même, entre autres actions remarquables, il [l’évêque Jean de Ploeuc] ordonna d'abord que soit entrepris et construit le porche de cette église, il se fit un chemin vers la perfection par une vie bienveillante et il fit exister les bases d'une sacristie et d'une bibliothèque en même temps et les acheva ; il fit aussi écrire et rapporter à grands frais cette grande histoire dont la plus grande partie est dans cette même bibliothèque".

  • La bibliothèque du chapitre de Tréguier par Arthur Lemoyne de La Borderie (1862)

    "Le catalogue de la bibliothèque du chapitre de Tréguier forme un petit cahier que j'ai vu aux archives du département des Côtes-du-Nord ; il est écrit en latin, et de l'an 1491. D'après ce document, le chapitre possédait 191 volumes, se rapportant d'ailleurs aux mêmes matières que l'on a déjà nommées ci-dessus à l'occasion des bibliothèques de Dol et de Quimper. Ce qu'il faut noter d'abord dans la bibliothèque' de Tréguier, c'est la présence de plusieurs volumes imprimés, encore fort rares à cette époque si voisine de l'invention de la typographie.

    Voici la description de ces volumes, comme elle est dans le catalogue :

    Liber primus Deffensionum theologie divi doctoris Thome de Acquinio, a domno Johanne Capreoli, Tolosano, ordinis Predicatorumeditus, Veneciis impressus per Ocíavium Scotum.

    Liber Alberti Magni Animalium primus, Mantoe [sic] impressusper Paulum Johannis de Butschbach, Almanum.

    Liber Jeronimianus, sive Liber epistolaris Jeronimi, Maguntineper Petrum Schoyfer de Geruszhem impressus, incipiens : Frater Ambrosius.

    Liber Sancti Augustini de Civitate Dei, habens commentum cumtextu, Basilien impressus per Michaelem Wenszler, incipiens in nigro : Gloriosissimam civitatern Dei.

    Bocace, du Deschect des nobles hommes et femmes, imprimée Bruges en françois ; in primo folio : Cy commence Jehan Bocace.

    Psalterium glosatum per Dnm Johannem de Thurecremata,Maguntine impressus, incipiens : Beatissimo patri.

    Item Lectura Ma. Ff. Zabarells arte impressa ; in secundo folio tit. Causam, et in penultimo Clara ut dixi.

    A la fin de ce catalogue se trouve référée l'institution du gardien de la bibliothèque ; je traduis du latin cette note, ainsi conçue :

    "Les jour et an ci-dessous marqués, dom Laurent Le Maout, prêtre, fut, avec toutes les solennités accoutumées, par messeigneurs les chantre et chanoines du chapitre de Tréguier, institué gardien des livres ci-dessus décrits, existant dans la bibliothèque neuve, conformément à l'inventaire qui précède : parce que ledit Le Maout jura par sa foi de se bien et fidèlement porter en la garde desdits livres, comme aussi d'en répondre, suivant la forme et teneur dudit inventaire. A quoi il s'est obligé et s'oblige par son serment, soi et tous ses biens, meubles et immeubles. Et il devra tenir ladite bibliothèque ouverte pendant la durée des divins offices qui seront célébrés en l'église cathédrale de Tréguier, mais non davantage, si ce n'est son plaisir. En raison des choses susdites et aussi de l'industrie qu'il emploiera en la reliure de tous les livres de ladite église, ledit Le Maout a été admis à participer aux distributions capitulaires, pendant le temps qu'il servira audit office. Donné dans la bibliothèque neuve, messeigneurs les chanoines y tenant chapitre, le vendredi 13e jour de mai 1491. Signé : P. Décollé, notaire et scribe du chapitre."

  • Incendie de la sacristie de la cathédrale de Tréguier, 6 septembre 1632 : extrait des registres du vénérable chapitre de l’église cathédrale de Tréguier d'après D. Tempier, Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, 1885-1886

    "Délibération capitulaire.

    Extrait des registres du vénérable chapitre de l’église cathédrale de Tréguier.

    Chapitre extraordinaire assemblé à son de campagne environ les 7 heures du matin du lundi sixième jour de septembre 1632 où étaient présents messieurs Mathurin L’Hostis, trésorier, Pierre Calloët, archidiacre, Thomas Bodener, scolastique, Guillaume André, Guillaume de Trogrof, René de Rosmar [chantre et chanoine], Yves de Kersalliou et Pierre Fanoy. Mes dits sieurs s’étant tumultuairement [c’est-à-dire d’une manière tumultuaire, avec précipitation, contre les formes et les règles en vigueur] assemblés en cette église depuis deux heures pour donner ordre à l’extinction du feu qui s’était pris cette nuit en la sacristie d’icelle et pour faire sauver ce qui restait des reliques, trésor, argenteries, titres, papiers, chapes, chasubles et autres ornements de cette dite église, et de les retirer de l’incendie, sans qu’ils aient pu, jusqu’à présent, découvrir la vérité de la cause d’icelui, ou s’il est procédé de la négligence de leurs officiers, ou par la malice de quelqu’un, ont fait sonner le présent chapitre, et y étant, ont avisé d’écrire et envoyer présentement vers monseigneur le révérend évêque [l’évêque Gui Champion de Cicé est alors à Keroffret / Kerauffret], étant à présent au cours de sa visite, et vers messieurs les officiers royaux de Tréguier, étant à Lannion, pour les prier de se rendre en cette ville, de ce jour et au plus tôt que faire se pourra, pour être la plainte de mesdits sieurs reçue par lesdits sieurs juges royaux et par iceux procéder au procès-verbal desdites choses et de l’état où elles sont à présent et en la présence dudit seigneur évêque s’il lui plait d’y venir. […]

    Et d’autant qu’il a commencé rompre en deux endroits le plancher de la salle mitoyenne qui est entre le manoir épiscopal et cette dite église, au-dessus de ladite sacristie, pour parvenir à l’extinction dudit incendie, mes dits sieurs ont avisé de prier le sieur de Beauchesne Le Bigot, fermier et receveur dudit seigneur évêque, de garder la clef de la porte par laquelle on entre de ladite salle mitoyenne dans ledit manoir épiscopal, à ce que dudit manoir il ne puisse entrer personne dans la dite sacristie, ni de la dite sacristie dans ledit manoir. Et d’autant qu’on a été contraint de rompre la serrure de la première porte de ladite salle mitoyenne [porte sud accessible depuis l’escalier en vis], mesdits sieurs ont enjoint au sacriste de fermer la porte du degré d’en bas par lequel on monte en ladite salle [c’est-à-dire la porte de l’escalier en vis accessible depuis la tour Hasting].

    Ainsi signé sur ledit registre : Mathurin L’Hostis, Audren, greffier du chapitre."

    (Transcription : Guillaume Lécuillier, 2018)

  • Incendie de la sacristie de la cathédrale de Tréguier, 6 septembre 1632 : requête du chapitre à monsieur le sénéchal de la cour royale de Tréguier d'après D. Tempier, Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, 1885-1886

    "Supplient humblement et vous remontrent les vénérables chanoines du chapitre de l’église cathédrale de Tréguier, exposant que le matin du jour d’hier, sixième jour du présent mois de septembre 1632, avant les cinq heures, ils furent avertis de ce que le feu s’était épris dans la sacristie de la dite église ; sur lequel avis ils s’y seraient transportés en diligence et l’aide du peuple qui s’y amassa en foule, auraient fait moyen d’éteindre et étouffer l’incendie et de retirer d’icelui une partie des reliquaires, joyaux argenterie, ustensiles et ornements de la dite église qui étaient dans un grand coffre et en l’un des bouts d’un grand buffet étant au fonds de la dite sacristie et même quelques fragments à demi brûlés et restés de plusieurs pochons de lettres, titres et garants, qui étaient en l’autre bout dudit grand buffet ou étaient les archives et trésor des meilleurs lettres, titres et enseignements concernant tous les droits, privilèges et appartenances de ladite église, chapitre, fabrique, chapitre et collège d’icelle souffrent et souffriront des pertes et dommages inestimables qu’ils ne peuvent présumer être causées que par la négligence et faute inexcusable de leur sacriste, son sous-sacriste et serviteurs qui en doivent demeurer responsables et punissables, ou par la malice de quelques voleurs ou incendiaires de guet-apens, et pour reconnaitre l’état et la cause, s’il est possible, par les interrogations et informations… […]."

    (Transcription : Guillaume Lécuillier, 2018)

  • Incendie de la sacristie de la cathédrale de Tréguier, 6 septembre 1632 : extrait du procès-verbal du sénéchal de Lannion d'après D. Tempier, Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, 1885-1886

    "Jean du Trévou, sieur de Balloré, conseiller du roi et sénéchal en sa cour de Tréguier, au siège de Lannion, savoir faisons que le lundi sixième jour de septembre 1632, écuyer Vincent de Rosmar, sieur de Runangoff, nous serait venu trouver en la ville de Lannion et nous aurait présenter une lettre de la part du vénérable chapitre de l’église cathédrale dudit Tréguier, datée dudit jour et signée de Mathurin L’Hostis et G. de Trogoff, chanoines et députés dudit chapitre, par laquelle ils donnent avis que le soir précédent le feu avait pris dans la sacristie de la dite église, vait brûlé et consommés les trésors sacrés, les plus précieux ornements et les plus importants titres, lettres et garants dudit chapitre et de ladite église, nous requérant de descendre sur les lieux pour en faire état […].

    Aurions mandé missire Guillaume Chassé, sacriste de ladite église et missire François Derien, sous-sacriste, pour nous bailler les clefs de la dite sacristie, qui nous ont dit les avoir délivrées audit sieur Fanoys, chanoine, procureur de ladite fabrique depuis ledit brulement, et avons fait ouverture des deux portes d’icelle respondantes [répondantes, c’est-à-dire "en vis à vis"] sur ladite église cathédrale, présents sur ladite ouverture des deux portes, lesdits sieurs chanoines, les vicaires, chantres et suspost du chœur de ladite église, le substitut du procureur du roi, les officiers de justice, les plus notables bourgeois et habitants de ladite ville […] ; et voulant entrer en la première desdites portes avec lesdits dénommés avons trouvé un grand embarras de planches, de terrasse et autre bois qui empêchaient l’ouverture entière de ladite porte, lesquels aurions fait ôter et étant entre lesdites deux portes, nous aurait ledit Derien, sous-sacriste, dit que les premiers qui entrèrent en ladite sacristie après l’avis que le feu y était furent Jean Le Lagadec, maçon, et Jean Le Picquart, son serviteur, auxquels il ouvrit les portes de ladite sacristie… […]

    ….les dits Lagadec et Picquart, et d’iceux le serment pris de dire vérité, nous ont conformément dit que, hier du matin, étant venus en ladite église, pour ouïr [écouter] la première messe sur les 5 ou 6 heures, furent avertis et plusieurs autres qui étaient en ladite église, que l’on voyait de la fumée sortir de ladite sacristie ; laquelle étant ouverte par ledit Derien, sous-sacriste, derrière la première porte d’icelle y avait plusieurs planches qui empêchaient de l’ouvrir, tombées d’un auvent qui servait de séparation entre les deux portes, et firent en sorte de tourner partie desdites planches d’entre lesdites deux portes, la dernière desquelles ayant aussi été ouverte par le dit sous-sacriste, ils virent le feu en la grande presse qui est en ladite sacristie, en laquelle étaient les trésors, argenteries et les actes dudit chapitre, et faisant effort d’y approcher, furent repoussés par la violence de la fumée, tellement qu’ils furent contraints de s’appuyer sur les mains et les genoux pour y approcher et virent que la moitié de ladite presse ou était ladite argenterie étaient brulée, et le feu qui était en l’autre moitié ou étaient les lettres et garants, et ayant fait apporter de l’eau à l’aide de plusieurs personnes qui s’y trouvèrent, ils la jetèrent sur les dits papiers qui étaient à demi brulés, et d’autant que le feu avait pris aux poutres et soliveaux du plancher de la chambre qui est au-dessus de la dite sacristie par lequel ledit seigneur évêque passe d’ordinaire pour se rendre en ladite église, ils donnèrent avis de faire deux trous, aux deux bouts de ladite chambre, pour y jeter de l’eau pour éteindre le feu et évacuer la grande fumée qui était en ladite sacristie ; et sans qu’on s’aperçut de bonne heure dudit feu, et sans la diligence qu’on fait d’y apporter et jeter de l’eau par les trous qui furent fait aux deux bouts de la dite chambre, le péril était évident de l’incendie de tout le manoir épiscopal et de ladite église cathédrale ; et nous ont dit outre, qu’après avoir ouvert les fenêtres de ladite sacristie, pour en faire sortir la fumée et avoir lumière, ils auraient reconnu que tous les trésors d’or et d’argent qui étaient au bout de la grande presse devers la cour dudit manoir, étaient en partie fondus, rompus et séparés par la force du feu, sors un bras d’argent, auquel sont les reliques du bienheureux saint Tugdual, patron de ladite église, qu’ils auraient retiré et remarqué tout entier, sans que ledit feu y eut fait aucune fraction ni offense, ce que nous avons vu en présence desdits sieurs chanoines et de tous lesdits assistants être véritable, ce qui ne peut être que par une divine grâce spéciale et miracle tout évident, nous ayant lesdits chanoines assuré que ledit bras était audit endroit de ladite presse qui a été brulée, et nous ont aussi lesdits Lagadec et Picquart, dit avoir trouvé le chef de monsieur saint Yves enchâssé d’argent, dans une armoire près ladite presse brulée, sans que ledit chef eut été en aucune façon endommagé, ainsi que nous avons vu et tous lesdits assistants, bien que plusieurs ornements qui étaient près ladite armoire ou était ledit chef, aient été brulés ou fumés, perdus ou gâtés.

    Et avons, par ledit Lagadec, maçon, fait mesurer ladite sacristie, et trouvé qu’elle contient trente et un pied et demi de long, dix-huit pieds et demi de large, et quinze pieds sous poutre ; et sur ladite sacristie, y a trois grandes fenêtres de pierre de taille, vers le cloître de ladite église, et deux autres vers la cour du manoir épiscopal ; toutes lesdites fenêtres vitrées et grillées de fer, et toute ladite sacristie bâtie de pierre de taille, aux longères, au-dehors et dedans ; et au bas de la fenêtre du mytan [milieu], vers ledit cloître, y a un autel de taille, au côté duquel, vers l’église, y a une grande presse de chêne, à ouvrage de menuiserie, toute noircie et fumée, ayant de hauteur sept pieds, et de longueur vingt pieds, dans laquelle et sur une longue table, qui est de l’autre côté de ladite sacristie, et dans un coffre qui qui est vers l’autre bout, de l’autre bout de la sacristie, lesdits sieurs chanoines nous ont dit avoir accoutumé de mettre les chapes, chasubles, dalmatiques [blouse en laine de Dalmatie] et autres ornements d’église de diverses étoffes et façon de soie, drap d’or et d’argent, simple et relevés d’orfèvrerie et d’autres étoffes précieuses, toutes lesquelles pièces avons vu pour la plupart en divers endroits, brulés, gâtés, fumés et ternis de couleur, leur lustre étant tout perdu par la force du feu et fumée… […]

    Et faisant état, du bas bout de ladite sacristie, devers le pignon qui la sépare du manoir épiscopal, nous ont lesdits chanoines et assistants dit qu’il y avait une longue et grande presse de bois de chêne qui s’étendait tout le long dudit pignon […] et dans la moitié de ladite presse […] se mettait ordinairement tous les reliquaires, vaisseaux et ustensiles d’argenterie qui y étaient pour le service de ladite église… […] et le surplus de l’argenterie et trésors qui n’étaient [pas] communément en usage, étaient dans un grand coffre de chêne… […]. Et nous on dit lesdits sieurs chanoines qu’il restait quelques fragments et pièces de ladite argenterie, cassées et brulées et à demi fondues, qu’ils firent tirer de l’incendie et iceux porter dans leur chambre capitulaire pour en être fait état et procès-verbal. Et en faisant en notre présence chercher et fouiller parmi lesdites cendres et charbons, avons trouvé plusieurs pièces d’argent, restées après ledit brulement, que nous avons aussi fait rendre en ladite chambre capitulaire attendant en faire état. […] Et ce fait, nous nous sommes retirés de ladite sacristie qui est tellement noircie par tous les endroits par la violence du feu et fumée, qu’il sera nécessaire de la reblanchir entièrement ; et la nuit venue, nous nous sommes retirés en notre logis.

    Et le lendemain, huitième dudit mois de septembre 1632, serions retournés en ladite église cathédrale, assistés dudit substitut et de notre dit adjoint ou se seraient trouvés lesdits sieurs chanoines et plusieurs autres notables personnes et tous ensemble serions entrés en ladite chambre capitulaire, et y aurions vu sur une grande table, sur les pupitres, bancs et autres endroits de ladite chambre, plusieurs fragments et pièces d’argent, tirées de l’incendie advenu en ladite sacristie, et les papiers, parchemins et vélins, et actes, étant à présent en poches, brulés en plusieurs endroits, et pour montrer la grande perte advenue en ladite sacristie, et provenue dudit brulement, lesdits sieurs chanoines nous ont montré un inventaire des dix-neuf et autres jours suivants du mois de janvier 1626 […].

    De tous lesquels trésors spécifiés audit inventaire, lesdits sieurs chanoines nous ont assuré qu’il n’était resté entier que ledit bras d’argent auquel sont enchâssées les reliques de monsieur saint Tugdual, le chef et le bras de monsieur saint Yves, quatre calices d’argent doré, deux urseaux d’argent non dorés, une petite croix d’argent doré, la grande croix d’argent, servant d’ordinaire en la dite église, un chresmier [sic] d’argent avec ses burettes, un ciboire d’argent doré, et ladite lampe ci-dessus mentionnée, donnée par ledit seigneur évêque d’à présent, quels [quelques] reliquaires, vases et ustensiles étaient hors ladite presse et coffre brulés, excepté le bars de saint Tugdual, miraculeusement conservé, comme avons vu ci devant ; et tout le surplus de ladite argenterie, contenue audit inventaire, nous ont lesdits sieurs chanoines dit avoir été brulé, rompu ou fondu par la force du feu, avec perte évidente de la façon, et grand déchet de métal […].

    (Transcription : Guillaume Lécuillier, 2018)

Références documentaires

Documents figurés
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor : V3540
Bibliographie
  • CHAUOU, Michel. "Une cité médiévale, Landreguer au 15e siècle". Mémoire de maîtrise. Novembre 1969, 200 p.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • DE PONTHAUD, Marie-Suzanne (architecte en chef des monuments historiques). Côtes-d'Armor, Tréguier, cathédrale Saint-Tugdual. Étude de mise en sécurité et de mise en valeur de la sacristie de Tréguier. Décembre 2002, 110 p.

    Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne - CID Documentation du Patrimoine
  • BATARD, Christophe (architecte en chef des monuments historiques). Étude préalable à la restauration générale de l'ancien évêché de Tréguier. Rapport de présentation. Juin 2010, 86 p. Étude historique et documentaire réalisée dans ce cadre par Gérard Danet, historien du patrimoine.

    Archives communales de Tréguier
  • BATARD, Christophe (architecte en chef des monuments historiques). Étude préalable à la restauration générale de l'ancien évêché de Tréguier. Annexes : recherche de polychromies par Joël Marie, restaurateur de peintures murales. 2008, 17 p. Étude historique et documentaire réalisée dans ce cadre par Gérard Danet, historien du patrimoine.

    Archives communales de Tréguier
  • BONNET, Philippe, RIOULT, Jean-Jacques. Bretagne gothique. Édition Picard. 2010.

  • GALLET, Yves. "Tréguier, cathédrale Saint Tugdual" in Monuments des Côtes-d’Armor, Le "Beau Moyen Age", congrès archéologique de France n°173, 2017.

Périodiques
  • LEMOYNE DE LA BORDERIE, Arthur. "Notes sur les livres et les bibliothèques au Moyen Âge en Bretagne" in Bibliothèque de l'école des chartes. 1862, tome 23. p. 39-53.

  • TEMPIER, D. "Documents sur le tombeau, les reliques et le culte de saint Yves". Saint-Brieuc, Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, 1885-1886.

    Bibliothèque nationale de France
  • LEMOYNE DE LA BORDERIE, Arthur. "La bibliothèque du chapitre de Tréguier au 15 siècle". Archives du bibliophile breton, tome 4, 1907, p. 33-40.

  • COUFFON, René. Un catalogue des évêques de Tréguier rédigé au 15e siècle. Extrait des Mémoires de la société d'émulation des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, 1930, 119 p.

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