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Tour du Bourreau, 8 rue Brizeux (Vannes)

Dossier IA56008303 réalisé en 2014

Fiche

AppellationsTour du Bourreau
Dénominationstour
Aire d'étude et cantonVannes
AdresseCommune : Vannes
Adresse : 8 rue
Brizeux
Cadastre : 1807 I3 630 ; 1844 K8 1662 ; 1980 BR 61

Édifiée au XVe siècle, cette tour avait pour but de protéger le mur nord de la ville depuis la porte Saint-Patern jusqu’au château de la Motte, aujourd'hui disparu. Située à un point de rupture de la courtine, la construction fait saillie et supprime tout angle mort. C’est une tour de flanquement : le défenseur y prend l’assaillant de flanc. Cette situation stratégique permet une grande économie de soldats. Un seul tireur peut neutraliser toute la longueur de l'obstacle flanqué, dans la limite de la portée de son arme. À noter qu’à cette époque, la tour ne protégeait aucune entrée puisque la porte Saint-Jean n’a été percée qu’à la fin du XVIIe siècle (1685-1688).

Après la guerre de la Ligue (1589-1598), la tour perd peu à peu sa fonction défensive. Dite Tour des Filles, elle sert un temps de prison pour les femmes de petite vertu.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la tour devient le logement de l’exécuteur des Hautes Œuvres et prend le nom de Tour du Bourreau. Pour le confort de ce dernier, il est demandé en 1678 de « boucher trois embouchures de canons [...] les trous étant inutiles et incommodes ». Pour prévenir les risques d’incendie, une cheminée est posée dans l’angle sud ouest, « du costé de l’évesché ». Elle a depuis été détruite pour créer une ouverture mais on peut encore remarquer son jambage droit imbriqué dans la maçonnerie. Un siècle plus tard, en 1773, la tour du Bourreau fait de nouveau l’objet de travaux. La couverture est refaite et les châssis des volets sont rajustés « afin qu’ils puissent se fermer et ouvrir avec facilité ». En outre, une porte est posée pour fermer les latrines.

Au XIXe siècle, on l’appelle parfois Tour Macaire du nom de son nouveau propriétaire Julien Vincent Macaire de Rougemont, directeur de l’Enregistrement et des Domaines, qui habite dans l’ancien hospice de l’abbaye de Prières (6 rue Brizeux). Le rez-de-chaussée de la tour, ouvert sur son jardin, lui sert d’orangerie pendant l’hiver.

Période(s)Principale : 15e siècle , (?)

Maçonnée en bel appareil, la tour est couronnée par des mâchicoulis à arc brisé reposant sur des consoles en forme de pyramide renversée. Cette coursière de pierres en encorbellement, substitut des hourds en bois, permettait le tir fichant (de haut en bas) pour protéger la base du mur et contrer le travail de sape. Le parapet crénelé a quant à lui disparu. De forme semi-circulaire, la tour est percée à la gorge (intra-muros) par plusieurs ouvertures permettant l’accès aux trois niveaux.

On accède au premier niveau sous-terrain en descendant quelques marches. Un couloir de près de trois mètres de long, équivalent à l’épaisseur du rempart, ouvre sur l’unique pièce. À hauteur du seuil, deux croix pattées sont gravées sur une pierre du mur. Ces marques lapidaires sont-elles un signe de réemploi, une marque de tâcheron ou une trace laissée par un prisonnier ? Le mystère demeure. À l'origine, cette salle voûtée en plein cintre était éclairée par deux archères-canonnières en sifflet (ébrasement interne) du même type que celles de la tour Calmont. Ici, celle côté ouest a été obstruée et celle côté est a été remaniée (seule l'archère supérieure subsiste).

Le deuxième niveau, indépendant du premier, est accessible depuis la courtine. Trois casemates ont été aménagées dans l’épaisseur du mur pour accueillir des canons de petits calibres. Des trous de boulin percés dans les murs latéraux permettaient de fixer une barre pour empêcher le recul de la pièce d’artillerie lors du tir. Les fenêtres d’aujourd’hui ont remplacées les canonnières d’hier.

Depuis le chemin de ronde, un escalier extérieur (auparavant intérieur) mène au troisième niveau. Le toit terrasse d’environ dix mètres de diamètre offre un magnifique panorama sur l’intra comme l’extramuros. Le visiteur peut apercevoir la cathédrale Saint-Pierre, la Porte Prison, l’église Saint-Patern, le clocheton du collège Jules Simon,… La plateforme dallée et ses gargouilles sommaires d’évacuation des eaux de pluie laissent à penser que cette tour ne disposait pas de toiture mais des procès-verbaux de réparation du XVIIe siècle et un plan du début du XIXe siècle attestent pourtant de son existence par le passé. La tour du Bourreau était donc dotée d’un toit comme toutes les autres tours de la ville.

Mursgranite moyen appareil
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Sites de protectionsecteur sauvegardé
Protectionsclassé MH, 1927/07/29
Précisions sur la protection

Tour dite Tour des Filles et portion des anciens remparts lui faisant suite vers l'Est (cad. K 1662p, 1663) : classement par arrêté du 29 juillet 1927.

Annexes

  • Procès-verbal des indigences de réparations à faire sur la tour où demeure à présent l’exécuteur, 12 février 1678

    Archives municipales de Vannes DD 4 - Procès-verbal des indigences de réparations à faire sur la tour où demeure à présent l’exécuteur, 12 février 1678

    Dans la tour où demeure ledit exécuteur fera ledit entrepreneur refaire un pan de la couverture de ladite tour, et poser un chevron entre deux, et réparer le surplus de ladite couverture,

    Fera faire ledit entrepreneur une cheminée dans ladite tour pour empêcher l’incendie d’icelle, laquelle cheminée sera posée au coin du costé de l’évesché et sera ladite cheminée à chaux et sable,

    Fera réparer et refaire à neuf ce qui sera démoli de la couverture de ladite tour pour faire passer ladite cheminée, et au grand d'icelle,

    Fera ledit entrepreneur boucher trois embouchures de canons dans la tour, les trous étant inutiles et incommodes pour le logement dudit exécuteur,

    Fera ledit entrepreneur mettre une bande de fer en la lucarne de ladite tour qui y est nécessaire,

    Fera mettre une serrure et deux bandes de fer aux portes de ladite tour,

    Fera ledit entrepreneur réparer l’escallier qui sert à monter à la muraille, et qui est entre les maisons des Religieux de prières et du sieur Nepveu chanoine, lequel escallier est en grande ruine pour lequel escallier appuyé ledit entrepreneur fera faire une muraille à chaux et sable du costé de la maison desdits Religieux de prières depuis le bas dudit escalier jusqu’au haut.

  • Procès-verbal de l’état du logement de l’exécuteur et des réparations à faire, 8 novembre 1773

    Archives municipales de Vannes DD 4 - Procès-verbal de l’état du logement de l’exécuteur et des réparations à faire, 8 novembre 1773

    Nous nous sommes ensuite transporté au logement de lexécuteur et visité la couverture dicelui, reconnu quil est nécessaire de relever une partie dicelle de deux toises superficielles vers le midy et près de la cheminée, en outre de faire une recherche sur le reste à leffet de remplacer les ardoises et garnitures manquantes.

    Nous avons aussi reconnu quil est nécessaire de rajuster tous les châssis (tant avers que vollets) dudit logement, afin quils puissent se fermer et ouvrir avec facilité.

    Il est également nécessaire de faire une porte pour les latrines dudit logement laquelle aura trois pieds de largeur et cinq pied six pouces de hauteur et sera construite en planche de sapin debout de 5/4 de pouces dépaisseur assemblé à rainures et languettes et clouées sur deux barres et une écharpe ferrée de deux pentures avec leurs gonds aqueux et d'un loquet avec sa garniture, ladite porte sera peinte en dedans et dehors de deux couches de peinture à lhuile.

    Nous avons aussi reconnu quune partie du mur de parapet entre le susdit logement et la chambre de la question sest écroulé et quil est nécessaire de le réparer en neuf et de remplacer un courbellet manquant ladite partie, ce mur sera reconstruit suivant son ancienne épaisseur qui de 15 pouces et en mortier de terre franche sur une toise trois pieds de longueur et cinq pieds de hauteur parfaitement à plomb aligné et dégauchir.

  • LALLEMAND Alfred, Les origines historiques de la ville de Vannes : de ses monuments, communautés religieuses et établissements de bienfaisance, de ses armoiries, des noms des ses rues

    LALLEMAND Alfred, Les origines historiques de la ville de Vannes : de ses monuments, communautés religieuses et établissements de bienfaisance, de ses armoiries, des noms des ses rues, Vannes : Arsène Cauderan, 1858, p. 89.

    « Ces deux tours massives, renfermant de grandes salles voûtées, servirent de prison pour les hommes, et celle du Connétable pour les femmes, jusqu’à la construction des prisons actuelles, 1825-1828. Ces tours sont maintenant propriété particulière, comme celle qui défend le rempart nord. Dans la salle placée immédiatement sous le terrassement de celle-ci, il y a des fenêtres à meneaux en pierre, aux larges embrasures garnies de bancs et pouvant contenir plusieurs hommes d’armes. Les mâchicoulis de la muraille, très élevée dans cette partie, indiquent encore une construction du XIVe siècle. »

  • GALLES Louis, « Les murailles de Vannes depuis 1573 »

    GALLES Louis, « Les murailles de Vannes depuis 1573 », Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1869, p. 90.

    « tour des Filles (tour Macaire), et depuis cette tour jusqu’au manoir épiscopal. »

  • GUYOT-JOMARD Alexandre, « La ville de Vannes et ses murs »

    GUYOT-JOMARD Alexandre, « La ville de Vannes et ses murs », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1887, p. 132-133.

    « Un procès-verbal des indigences de réparations de 1678 nous fait voir que les ponts des portes sont toujours à renouveler, que les vieilles murailles s’éboulent ça et là. Ainsi devront se refaire à neuf douze toises et demie de parapet de muraille qui est entre la maison de l’évesché et la tour où demeure à présent l’exécuteur. Dans la tour, qui jusque-là avait servi de prison pour les filles, on devra refaire un pan de la couverture et réparer le reste ; faire une cheminée pour empêcher l’incendie d’icelle, laquelle cheminée sera posée au coin, du côté de l’évêché (château de la Motte) ; boucher trois embouchures de canons dans la tours, les trous étant inutiles et incommodes pour le logement de l’exécuteur. - Il faudra réparer l’escalier qui sert à monter à la muraille et qui est entre les maisons des Religieux de Prières et du Sr Nepveu, chanoine, lequel escalier est en grande ruine. On ne peut dire s’il fut refait, dans le cas de l’affirmative, il ne servit pas longtemps car voici une nouvelle porte à ouvrir. »

  • LE MENÉ Joseph-Marie, Topographie historique de Vannes

    LE MENÉ Joseph-Marie, Topographie historique de Vannes, Vannes : Imprimerie Galles, 1897, p. 10.

    « La tour voisine s’appelait tour des Filles parce qu’elle servait de prison aux femmes ; le bourreau y fut ensuite logé, et Sombreuil y a passé, en lui laissant son nom. »

  • THOMAS-LACROIX Pierre, Le vieux Vannes

    THOMAS-LACROIX Pierre, Le vieux Vannes, Malestroit : Presses de l’Oust, 1975, p. 11.

    « La première tour qu’on rencontre au Nord est celle des Filles, ainsi appelée parce qu’on y enfermait les femmes de petite vertu. Sa base est du XIVe siècle et ses mâchicoulis à arc brisé du XVe siècle. Elle ne forme qu’un demi-cercle, car la partie tournée vers la ville est un mur plat qu’on aperçoit des galeries hautes de la cathédrale. On peut voir la base de cette tour, en bel appareil, en pénétrant dans le café, situé au n°34 de la rue du Mené. On l’appelle aussi Tour du Bourreau parce que les personnes chargées des exécutions y logeaient ; leur dynastie s’est perpétuée jusqu’au XIXe siècle. »

    THOMAS-LACROIX Pierre, Le vieux Vannes, Malestroit : Presses de l’Oust, 1975, p. 68.

    « Tour du Bourreau était encore visible avant 1920. »

  • LEGUAY Jean-Pierre, « Vannes au XVe siècle : Étude de topographie urbaine (1re partie) »

    LEGUAY Jean-Pierre, « Vannes au XVe siècle : Étude de topographie urbaine (1re partie) », Annales de Bretagne et des Pays de lOuest, t. 82, n° 2, 1975, p. 127-128.

    « Tour dite du Bourreau ou des Filles, en raison de ses locataires successifs, l’exécuteur des Hautes Œuvres et des prostituées emprisonnées. Deux étages de ce bastion sont visitables. L’un au niveau des jardins se présente comme une salle rectangulaire, voûtée, éclairée par des embrasures qui se terminent par une archère [L'archère qui subsiste est évasée vers l'intérieur et mesure 45 cm de haut sur 40 cm de large. Elle se réduit ensuite à une fente de 7 cm environ]. L’autre, au niveau du chemin de ronde, abrite également une pièce rectangulaire, voûtée en grand appareil. Sur les trois côtés, tournés vers l’extérieur, des casemates, longues de 2 m 80 ont été aménagées dans l’épaisseur des murs pour accueillir des canons de petits calibres [chaque embrasure se compose d’abord d’une section voûtée de plan rectangulaire, large de 1 m 35, haute de 1 m 75 sous le cintre, puis se rétrécit ensuite à 75 cm environ et s’achève par de petites fenêtres de 1 m de haut sur 60 cm de large. La voûte est alors remplacée par une grosse dalle de 70 cm de large sur 1 m 30 de profondeur. La fenêtre a probablement remplacé une canonnière]. Une petite fenêtre, côté jardin, éclaire la salle. On accède, par un escalier extérieur, à une terrasse d’environ 10 m de diamètre. Le parapet n’est plus d’époque ; les créneaux ont disparu, mais, à environ 3 m du sommet du mur se trouve une ceinture de mâchicoulis à arcs en tiers point. Du haut de la tour, le visiteur peut admirer la ligne de remparts presque jusqu’à Saint-Patern. Elle est à deux niveaux différents et la tour du Bourreau est précisément au point de rupture ; la partie la plus haute est tournée vers le Nord-Ouest. Un escalier d'une dizaine de marches dans le chemin de ronde permet de franchir les 2 m de dénivellation. Les mâchicoulis changent aussi. Du côté de la rue de l'Âne, nous avons affaire à des spécimens à arcs en ogive comme sur la tour, tandis qu’ailleurs, vers Saint-Patern, commence une série plus basse à linteaux, interrompue par une sorte de bretèche peu saillante, montée sur trois mâchicoulis légèrement plus bas que les autres. »

  • FRÉLAUT Bertrand, « Recherches sur la prostitution à Vannes »

    FRÉLAUT Bertrand, « Recherches sur la prostitution à Vannes », Bulletin des Amis de Vannes, n° 17, 1992, p. 23.

    « On peut être assuré que la prostitution existe déjà au Moyen Âge puisque certaines tours de l’enceinte sont utilisées pour enfermer les 'filles' : la 'Tour du Bourreau'. »

  • AQUILINA Manuelle, Les remparts de Vannes du IIIe au XXe siècle de l’enceinte fortifiée à la simple ceinture de murailles

    AQUILINA Manuelle, Les remparts de Vannes du IIIe au XXe siècle de l’enceinte fortifiée à la simple ceinture de murailles, mémoire de DEA d’Histoire, MERDRIGNAC Bernard (dir.), Université Rennes 2, 1998, p. 88.

    « La tour du Bourreau ou des Filles, ainsi appelée à cause de ses locataires successifs : l’exécuteur des Hautes Œuvres, puis des prostituées qui y furent enfermées. Elle ne forme qu’un demi-cercle, car la partie tournée vers la ville se résume à un mur plat. La tour du Bourreau présente deux époques de construction différentes. Sa base empattée pour que rebondissent les projectiles lancés des mâchicoulis et aussi pour mieux résister aux engins de sape, date du XIVe siècle tandis que les mâchicoulis en arcs brisés qui la couronnent sont du du XVe siècle. Sur deux étages on trouve des salles rectangulaires voûtées comprenant des casemates prévues pour de petits canons. »

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives municipales de Vannes : DD 4
  • Archives municipales de Vannes : DD 4
Documents figurés
  • Archives départementales du Morbihan : 1 Fi 205
Bibliographie
  • LALLEMAND Alfred, Les origines historiques de la ville de Vannes : de ses monuments, communautés religieuses et établissements de bienfaisance, de ses armoiries, des noms des ses rues, Vannes : Arsène Cauderan, 1858, p. 89.

    p. 89
  • GALLES Louis, "Les murailles de Vannes depuis 1573", Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1869, p. 90.

    p. 90
  • GUYOT-JOMARD Alexandre, "La ville de Vannes et ses murs", Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1887, p. 132-133.

    p. 132-133
  • LE MENÉ Joseph-Marie, Topographie historique de Vannes, Vannes : Imprimerie Galles, 1897, p. 10.

    p. 10
  • THOMAS-LACROIX Pierre, Le vieux Vannes, Malestroit : Presses de l'Oust, 1975, p. 11 ; p. 68.

    p. 11 ; p. 68
  • LEGUAY Jean-Pierre, "Vannes au XVe siècle : Étude de topographie urbaine (1re partie)", Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 82, n° 2, 1975, p. 127-128.

    p. 127-128.
  • LEGUAY Jean-Pierre, Un réseau urbain au Moyen Âge : les villes du duché de Bretagne au XIVe et XVe siècles, Paris : Maloine, 1981.

    p. 44 ; p. 177-178 ; p. 181-182
  • FRÉLAUT Bertrand, "Recherches sur la prostitution à Vannes", Bulletin des Amis de Vannes, n° 17, 1992, p. 23.

    p. 23
  • AQUILINA Manuelle, Les remparts de Vannes du IIIe au XXe siècle de l’enceinte fortifiée à la simple ceinture de murailles, mémoire de DEA d'Histoire, MERDRIGNAC Bernard (dir.), Université Rennes 2, 1998, p. 88.

    p. 88