130 000 dossiers d’Inventaire à explorer
« L’arme parfaite contre les déprédations de tous genres est l’intérêt que les usagers, les habitants des petites villes prennent à « leurs » édifices, même modestes […] » André Malraux, André Chastel 1964

Depuis la création de l’Inventaire en 1964 en Bretagne, plus de 130 000 dossiers d’études réunissent textes, photographies, plans, cartes, reproductions de documents anciens,

La méthodologie et les outils d’investigation ont varié au cours de ces 60 années d’exploration : les dossiers restituent aussi l’épaisseur historique et le contexte dans lequel chaque étude a été conduite. La photothèque permet de consulter et de commander les photographies liées aux enquêtes. Plusieurs milliers d’autres clichés, les « dossiers papier » réalisés lors des premières études et un fonds important d’ouvrages et revues sont consultables à notre centre de documentation.

La Région Bretagne s’attache à co-construire la connaissance des patrimoines bretons en invitant tous ceux qui le souhaitent à s’associer à ces explorations du territoire en utilisant l’application GLAD.

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Dès le début du 17e siècle, les îles de Trébéron sont représentées sur les cartes marines. Elles sont situées au sud-ouest de la rade de Brest entre la presqu´île de Roscanvel et l´île Longue (baie de Roscanvel). L´île Trébéron est la plus septentrionale des deux. Elle accueille un lazaret, c´est-à-dire un établissement dédié au contrôle sanitaire et l´isolement des malades contagieux. Elle est utilisée comme île de quarantaine de l´arsenal de Brest vers 1720 pour l´isolement des marins à leur retour d´expédition dans l´hémisphère sud : on y traite les maladies dites pestilentielles (peste, fièvre jaune et choléra).

L´île Trébéron est à la fois abritée des vents dominants d´ouest et facile d´accès pour les navires grâce à ses deux cales. Cela n´empêche cependant pas la propagation de l´épidémie de typhus entre novembre 1757 et février 1758, qui fit plus de 3 000 morts dans la région brestoise. À partir de 1808, les morts sont enterrés au nord de l´île Trébéron. Selon l´ingénieur en chef en fonction en 1810, Trébéron est décrite comme alliant "les secours d´un hôpital aux agréments d´une maison de campagne à la sûreté d´une maison d´État". Des communards y sont d´ailleurs internés en 1871. Un corps de garde permet la surveillance de la cale et des mouvements de navires. La congrégation des Filles de la Sagesse, à vocation hospitalière, y dispose d´un couvent.

Après 1822 et les nouvelles mesures de police sanitaire, l´île fait l´objet d´importants travaux afin d´augmenter sa capacité d´accueil (1826 ; 1856-1858). L´ingénieur Lamblardie est chargé des travaux. Afin de limiter la contagion, l´île est divisée en deux sections (contagion ; convalescence) par un mur (de quasiment 2,6 m de haut) disposant chacune de bâtiments (désignés salles des malades) et de latrines. L´accent est bien évidemment mis sur l´hygiène et nécessité est faite d´utiliser les latrines, que l´on préfère désormais aux pots de chambre, dont les immondices sont déversées dans la mer. L´ensemble des installations de l´île est abandonné dans les années 1920.

Depuis 1967 et le début de l´aménagement de l´île Longue (en réalité, il s´agit d´une presqu´île) pour les sous-marins nucléaires lanceurs d´engins, les îles des Morts et de Trébéron sont englobées dans un périmètre protégé : le "polygone d´isolement" de la base. Tout débarquement y est strictement interdit et seules de rares observations ornithologiques en partenariat avec le Conservatoire du littoral viennent troubler le calme des lieux. Rien en revanche n´interdit d´en faire le tour en bateau. L´historien Marcel Burel a consacré un ouvrage aux îles de Trébéron et des Morts en 2003.

Mettre en valeur les vestiges et faire revivre l´île, constituent une perspective intéressante. En attendant, la nature reprend ses droits. On peut citer le cas de l´hôpital Caroline (1823-1828) situé à quelques encablures de Marseille dans l´archipel du Frioul : le site est depuis 2000 au cœur d´un projet de territoire : rénovation et réhabilitation de l´ancien lazaret par l´association Rempart, résidences d´artistes.

(Lécuillier Guillaume, 2011).

Vue générale des bâtiments de l'île depuis le sud (état en 2009)