Dès le début du 17e siècle, les îles de Trébéron sont représentées sur les cartes marines. Elles sont situées au sud-ouest de la rade de Brest entre la presqu´île de Roscanvel et l´île Longue (baie de Roscanvel). L´île Trébéron est la plus septentrionale des deux. Elle accueille un lazaret, c´est-à-dire un établissement dédié au contrôle sanitaire et l´isolement des malades contagieux. Elle est utilisée comme île de quarantaine de l´arsenal de Brest vers 1720 pour l´isolement des marins à leur retour d´expédition dans l´hémisphère sud : on y traite les maladies dites pestilentielles (peste, fièvre jaune et choléra).
L´île Trébéron est à la fois abritée des vents dominants d´ouest et facile d´accès pour les navires grâce à ses deux cales. Cela n´empêche cependant pas la propagation de l´épidémie de typhus entre novembre 1757 et février 1758, qui fit plus de 3 000 morts dans la région brestoise. À partir de 1808, les morts sont enterrés au nord de l´île Trébéron. Selon l´ingénieur en chef en fonction en 1810, Trébéron est décrite comme alliant "les secours d´un hôpital aux agréments d´une maison de campagne à la sûreté d´une maison d´État". Des communards y sont d´ailleurs internés en 1871. Un corps de garde permet la surveillance de la cale et des mouvements de navires. La congrégation des Filles de la Sagesse, à vocation hospitalière, y dispose d´un couvent.
Après 1822 et les nouvelles mesures de police sanitaire, l´île fait l´objet d´importants travaux afin d´augmenter sa capacité d´accueil (1826 ; 1856-1858). L´ingénieur Lamblardie est chargé des travaux. Afin de limiter la contagion, l´île est divisée en deux sections (contagion ; convalescence) par un mur (de quasiment 2,6 m de haut) disposant chacune de bâtiments (désignés salles des malades) et de latrines. L´accent est bien évidemment mis sur l´hygiène et nécessité est faite d´utiliser les latrines, que l´on préfère désormais aux pots de chambre, dont les immondices sont déversées dans la mer. L´ensemble des installations de l´île est abandonné dans les années 1920.
Depuis 1967 et le début de l´aménagement de l´île Longue (en réalité, il s´agit d´une presqu´île) pour les sous-marins nucléaires lanceurs d´engins, les îles des Morts et de Trébéron sont englobées dans un périmètre protégé : le "polygone d´isolement" de la base. Tout débarquement y est strictement interdit et seules de rares observations ornithologiques en partenariat avec le Conservatoire du littoral viennent troubler le calme des lieux. Rien en revanche n´interdit d´en faire le tour en bateau. L´historien Marcel Burel a consacré un ouvrage aux îles de Trébéron et des Morts en 2003.
Mettre en valeur les vestiges et faire revivre l´île, constituent une perspective intéressante. En attendant, la nature reprend ses droits. On peut citer le cas de l´hôpital Caroline (1823-1828) situé à quelques encablures de Marseille dans l´archipel du Frioul : le site est depuis 2000 au cœur d´un projet de territoire : rénovation et réhabilitation de l´ancien lazaret par l´association Rempart, résidences d´artistes.
(Lécuillier Guillaume, 2011).