Extraits du mémoire de maîtrise de Sylvain LEPAROUX Les stalles en Ille-et-Vilaine XIVe et XIXe siècles. :
L´ancienne collégiale de la Guerche fut fondée en 1206 par Guillaume II, seigneur de La Guerche et était composée alors de 12 chanoines. Probablement offertes par Charles IV, duc d´Alençon et baron de La Guerche, les stalles sont [actuellement] au nombre de 18 soit 9 de chaque côté. Chaque volée fait 5, 95 m de longueur. Elles sont surmontées d´un baldaquin richement orné haut de 1, 95 m. Seul le côté donnant sur la nef conserve une jouée à la très riche iconographie. Cela s´explique par l´absence de 3 stalles de chaque côté, qui ont été supprimées en même temps que toutes les stalles basses. Ces dernières furent remplacées par un prie-Dieu dans le même style, certainement au 19e siècle.
On peut raisonnablement penser que le nombre de stalles devait être de 46 à l´origine. Ce nombre s´explique par 6 stalles hautes manquantes et par l´absence des stalles basses qui leur répondaient. Ces dernières étaient au nombre de 22, car un passage au milieu de la rangée devait permettre d´accéder aux stalles hautes. Aucune preuve n´a pu être apportée quant à l´existence d´un fraction formant un retour contre le jubé ce qui pourrait augmenter le nombre d´origine. Le jubé fut supprimé vers 1745 et quelques-uns de ses panneaux de bois servirent à la confection d´une tribune d´orgue qui n´existe plus aujourd´hui.
Henri Bourde de la Rogerie fut le premier à percer le mystère de cet ensemble que l´on savait appartenir au 16e siècle sans autre précision. L´abbé Jarry le datait de la toute fin du siècle, les guerres de religion passées. Doutant de cette affirmation à cause du style même des stalles, l´historien d´art local Bourde de la Rogerie se pencha de plus près sur la question et examina les armoiries des dorsaux qui avaient été grattées à la Révolution. Il découvrit que sur l´une d´elles, subsistaient quelques restes tout à fait exploitables pour permettre une meilleure datation : « Un des angelots du dais tient un écusson : les vandales de la Révolution ont gratté les trois « meubles » qui en occupaient le centre, mais ont négligé la bordure chargée de besants. Cela suffit pour l´on reconnaisse les armes des ducs d´Alençon, barons de La Guerche, plusieurs fois reproduites dans les vitraux de la collégiale : de France à la bordure de gueules chargée de huit besants d´or. » Mais comme le précise l´auteur, seul cet écusson est encore lisible et on peut se demander ce que possédaient les autres encore présents sur le dais. L´abbé Jarry, à la suite de Bourde de la Rogerie, s´essaye à l´exercice périlleux de la datation et semble reconnaître son erreur passée. L´écusson encore visible implique une autre proposition que celle qu´il avait faite auparavant. Ces armes des Alençon, donateurs présumés des stalles, sont sans alliance. Ceci prouverait que ces stalles n'ont pas été réalisées après 1525, date de la mort du dernier duc d'Alençon Charles IV. Après quoi, seules des soeurs de ce dernier posséderont la baronnerie de La Guerche, mais par alliance. L´écusson encore déchiffrable représente les armoiries des Alençon pleines, c´est-à-dire sans alliance. Ceci valide d´une façon quasiment certaine le fait que les stalles aient été offertes entre 1502 et 1525, à l´époque de Charles IV.
L´iconographie des stalles de La Guerche-de-Bretagne est très riche. Malheureusement, seule une partie existe encore : deux jouées ont disparu en même temps qu´au moins 28 stalles. La fraction qui subsiste donne une très bonne idée du schéma iconographique adopté, et nous fait alors regretter la disparition d´une grande partie de ce mobilier. La plus grand perte se traduit par le manque de 28 miséricordes qui devaient, ajoutées aux 18 actuelles, former un schéma iconographique complet d´un grand aboutissement au regard des miséricordes qui sont parvenues jusqu´à nous. Ces dernières sont constituées de scènes figuratives d´une excellente facture et d´une grande variété de thèmes. Quelques accoudoirs figuratifs sont encore présents et ne sont pas dénués d´intérêt. Les jouées quant à elles sont ajourées et les différents motifs sont sculptés en ronde-bosse et en bas-relief. Le décor des dorsaux qui composent le dais est renaissant et constitué de fins panneaux en bas relief. Il est important de préciser que cet ensemble de 18 stalles fut changé de place au tournant des 19e et 20e siècles lorsque fut déplacé le tombeau de Guillaume II. Son gisant fut exhumé du sol du choeur en 1889 et placé dans le mur de l´évangile sous une arcade, après restauration. Cette opération impliqua un déplacement des stalles vers l'arrière-choeur au-delà du maître-autel actuel.
Les stalles de La Guerche-de-Bretagne s´incrivent dans le mouvent artistique de la Renaissance. [..] mais la persistance de la tradition médiévale y est encore bien présente. Le décor Renaissance se concentre sur le dais où de fins panneaux, à la partie supérieure des dorsaux, s´ornent d´arabesques et d´entrelacs dont seul un examen in situ peut rendre justice. La corniche surmontant le baldaquin est, elle aussi, très richement ornée et certains éléments rappellent quelques-uns de ceux que l´on peut voir sur l´église Saint-Pierre de Caen de la même époque, preuve s´il en est de la diffusion rapide des schémas iconographiques. Le dais est divisé en dorsaux. Chaque dorsal est séparé de l´autre par une colonnette engagée dans la structure. Cet élément décoratif, mais aussi ayant un rôle de soutien, possède une décoration extrêmement variée et chaque colonnette possède des caractères propres.
La tradition médiévale persiste en de nombreux endroits. Les deux jouées qui n´ont pas été détruites au cours des siècles, possèdent une riche imagerie souvent difficile à interpréter. Mais là encore il vaut mieux ne pas prêter trop d´intentions aux sculpteurs qui n´ont fait que s´inspirer d´un riche bestiaire médiéval. Chacune des deux jouées est malgré tout dominée par l´image d´un personnage en ronde bosse, qui pourrait fort bien être le couple donateur. Cette hypothèse est étayée par le fait que le personnage de l´épître eut le visage bûché à la Révolution. Autour de ces deux personnages vit tout un monde de dragons en forme d´entrelacs, aux prises avec des végétaux qui semblent être leur continuité même. La base des jouées est dominée par des images beaucoup conventionnelles : panneau en bas-relief représentant un personnage portant une couronne d´épines, colporteur avec sa hotte et son bâton, Judith tenant la tête d´Holopherne... L´iconographie profane inspirée du Moyen Age occupe toute la partie supérieure des jouées. Sur les miséricordes se déploient quelques images sacrées : la Tentation, et Adam et Eve chassés du paradis. D´autres scènes peuvent être comprises comme étant des représentation allégoriques des péchés capitaux, ou comme des scènes de la vie courante. Autres thèmes traditionnels : visages cernés de feuillages, grimaçant ou tirant la langue, masques de feuilles.. Les accoudoirs, très mutilés n´offrent plus la variété iconographique d´autrefois : leur thématique même entraîna leur perte, certainement au 17e siècle lors de l´application du concile de Trente.
Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne, Inventaire du patrimoine.