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Les moulins du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté

Dossier IA22133472 réalisé en 2019

Fiche

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Le territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor présente près de 380 moulins dispersés au sein des 57 communes1 qui composent la communauté d’agglomération Lannion-Trégor Communauté. Cette partie du "Trégor historique" (c'est-à-dire correspondant à l'origine au diocèse de Tréguier) compte ainsi près de 340 moulins à eau. Cette forte densité de moulins à eau est due au fait que le territoire présente un chevelu hydrographique très dense qui induit aussi un habitat assez dispersé. Ces moulins à eau se répartissent sur quatre fleuves (le Léguer, le Jaudy, le Yar et le Trieux), 4 rivières, 27 ruisseaux et tous leurs affluents. On trouve également sur le littoral une dizaine de moulins à marée et une trentaine de moulins à vent. En dépit d'une densité visiblement très importante de moulins, très peu sont finalement protégés au titre du patrimoine, seuls trois sont protégés au titre des Monuments historiques dans le Trégor :

- Moulin à vent de la Lande du Crac'h à Perros-Guirec (1983, inscription),

- Moulin à marée de Traou Meur à Pleudaniel (1991, classement), (notice de recensement de 2019).

- Moulin à marée, Bili Gwenn à Troguéry (1999, classement).

Cette étude thématique sur les moulins s’inscrit dans le cadre d’une étude plus large à l’échelle du territoire du Schéma de cohérence Territoriale du Trégor, débutée en juillet 2009. Au 1er janvier 2019, 56 communes sur 60 sont désormais étudiées ; 21 l’ayant été dans le cadre d’un inventaire préliminaire réalisé par le Conseil Départemental des Côtes d'Armor entre 2003 et 2009. Depuis 2019, l’opération se poursuit en partenariat avec Lannion-Trégor Communauté, dans le cadre d’une aide attribuée en regard de l’engagement de la collectivité dans une démarche de candidature à la labellisation Pays d’Art et d’Histoire.

Cette étude s’est longuement penchée sur les moulins à eau de par leur forte densité dans le Trégor, mais aussi pour leur intérêt géographique. Les moulins à eau traduisent l’aménagement des fonds de vallée à des fins énergétiques. Ce sont des héritages paysagers qui sont aujourd’hui au cœur d’un processus de résidentialisation et de patrimonialisation des vallées. D’une part des moulins transformés en maison, en gite, d’autre part des restaurations d’ouvrages hydrauliques.

Un des enjeux actuels est la coexistence de plusieurs modèles, projets et usages dans les vallées du Trégor ; la restauration de la continuité écologique, la valorisation du patrimoine naturel, la valorisation du patrimoine bâti etc. Le sujet de la continuité écologique malgré la concertation systématique entrepris marque une opposition entre patrimoine culturel (ouvrages hydrauliques) et naturel (espèces emblématiques, biodiversité, naturalité) qui alimente les conflits d’usages et de valeurs autour des héritages paysagers.

Pour aller plus loin, c’est ce qu’étudie le programme de recherche intitulé "Représentations de la nature et des paysages dans les vallées de l’ouest de la France face aux projets de restauration écologique" (REPPAVAL) qui réunit plusieurs enseignants-chercheurs (géographes, paysagistes, historiens) des universités de l’Ouest de la France. Ils ont effectué un travail les dimensions sociale, patrimoniale et paysagère des moulins de la vallée du Léguer, mais aussi des usages et pratiques dont ils font l’objet. C’est un diagnostic multicritère où les sites hydrauliques (moulins) sont examinés par rapport à leur état, leur accessibilité, et leurs usages. Il est question ici d’usages résidentiels, d’usages collectifs et privatifs liés (hydroélectricité, kayak) ou non (randonnée, pêche) à l’ouvrage hydraulique, ou contraints (pêche autorisée, kayac) par ce dernier2.

1Depuis le 1er janvier 2019, la commune de La Roche-Jaudy résulte de la fusion des communes de Hengoat, Pommerit-Jaudy, Pouldouran et La Roche-Derrien.2Diagnostic des sites hydrauliques de la vallée du Léguer, REPPAVAL, 2014.
Aires d'étudesSchéma de cohérence territoriale du Trégor
Dénominationsmoulin

Une société féodale : le moulin au centre d'un microcosme

L'important réseau hydrographique du Trégor a permis l'implantation de moulins dès le Moyen Âge dans le contexte de la féodalité. Les paysages du Trégor ont été marqués par le régime féodal : de multiples seigneuries se sont installées sur le territoire. Une seigneurie est la souveraineté qu’exerce un seigneur sur le territoire qu’il détient. Le territoire sur lequel le seigneur définit une forme d’organisation spatiale et sociale se nomme la "banlieue". Le seigneur possède également un pouvoir judiciaire sur ses habitants auxquels il assure une protection militaire en échange de services et de la perception de droits. Le droit seigneurial en Bretagne est rattaché à un ensemble de droits fiscaux et judiciaires dont certains sont liés à la construction et au fonctionnement des moulins. Premièrement, le droit de la maitrise de l’eau donne la possibilité au seigneur sur les terres nobles de pêcher, de retenir ou de détourner un cours d’eau. Deuxièmement, la "banalité" permet d'imposer aux habitants l'usage de ses installations banales, c’est à dire son four, son moulin, son pressoir etc. Le seigneur avait l’obligation d’entretenir (corvée souvent confiée aux paysans) et de mettre à disposition des habitants ses banalités mais il percevait une redevance sur leur usage. Les moulins étaient des sources importantes de revenus pour les seigneurs via la taxe sur la mouture.

« Les hommes sont tenus d’aller au moulin de leur seigneur, qui est dedans la banlieue », Coutume de Bretagne art. 382.

« Dans un rayon d'une lieue [4.66 km], ils sont tenus de venir faire moudre leurs grains. Le meunier leur retient 1/16 de la mouture. Chacun attend normalement un jour et une nuit », Coutume de Bretagne art. 386.

L’obligation des habitants d'utiliser le moulin en fait un lieu central. Tout le monde se rend au moulin quelque soit le rang social, l’âge, le sexe, tous ont besoin de farine quotidiennement pour le pain. Le moulin est un lieu de rencontre et de sociabilité. C’est un pôle où convergent les habitants, le grain et donc les chemins, et d’où émane la mouture redistribuée. Tout comme les centaines de manoirs présents sur le Trégor, les moulins faisaient donc aussi partie d’un microcosme économique et social défini par la féodalité.

A la Révolution, le meunier perdit les avantages du régime seigneurial, notamment les bénéfices d’une clientèle forcée qu’il taxait lorsqu'elle tentait d’échapper à son emprise. Devenant néanmoins propriétaire du moulin, désormais il devait aller chercher lui-même le grain chez les paysans qui voulaient bien le lui confier. Dans le Trégor comme ailleurs, les moulins sont confisqués aux nobles et au clergé puis sont vendus comme "biens nationaux". Des négociants de Lannion achètent des moulins, des maisons, des terres etc. Mais les paysans en achètent aussi un grand nombre.

Activité linière dans le Trégor et prospérité économique

Si aujourd’hui l’activité économique du Trégor est généralement rattachée aux technologies de l’information et de la communication, le Trégor fut pendant quatre siècles rythmé par l’activité linière. Le teillage mécanique et hydraulique faisait vivre 1500 ouvriers qui travaillaient dans environ 70 teillages, alimentés par les récoltes en lin de 5000 cultivateurs. Aux côtés des routoirs, des granges et des magasins à grains, les moulins commis au teillage du lin font partie de ce patrimoine économique. Cette activité a marqué l’identité du Trégor et l’évolution de certains moulins.

Le développement linicole commence dans le Trégor dès le 15e siècle. Les facteurs humains et matériels expliquant un développement particulier dans le Trégor sont multiples : les sols enrichis par des amendements marins (goémon et maërl) et le climat humide favorisent la croissance du lin, le rouissage, et le blanchiment des fils.

L’essentiel des productions de l’industrie textile trégorroise était destiné à l’exportation au 16e et 17e siècles. Il y avait un marché flamand (traité de commerce en 1440 avec la Hollande, la Zélande et La basse-Frise), un marché anglais (mais guerre commerciale à partir du milieu du 16e siècle), et un marché espagnol (importateurs espagnols installés à Nantes). Des villes comme Lannion et Tréguier ont eu leur rôle dans le commerce du lin, Lannion était une ville-marché pour l’exportation du lin alors qu’à Tréguier se trouvait un bureau de contrôle des toiles. Il existait des relations commerciales entre les marchands lannionais et les ports anglais mais le commerce de la toile est toujours resté sous la dépendance des armateurs de Morlaix.

A partir des années 1660, le Trégor délaisse le tissage et se spécialise dans la culture du lin dont il détient le monopole sur les côtes de la Manche depuis le milieu du 16e siècle. Comme pour le blé, le Trégor exporte ses richesses, faute d’avoir des structures de transformation. Au 18e siècle, le Trégor approvisionne en fil de lin des tisserands du Centre-Bretagne installés entre Quintin et Loudéac.

L’exportation de toiles de lin - souvent au départ du port de Morlaix - et la vente de denrées alimentaires sont des éléments essentiels de cette économie marchande qui apporte prospérité au territoire. Ce regain économique conduit à un élan de reconstruction/modernisation des manoirs, maisons, fermes, édifices religieux et moulins dont une partie était tombée en ruine à la fin du Moyen Âge. Le logis du moulin à eau de Kergrist à Ploubezre montre l’exemple d’un logis reconstruit en 1758 avec une qualité architecturale proche de celle des manoirs.

Mais au début du 19e siècle, les conflits et les changements géopolitiques ont fait perdre des marchés étrangers et l’exportation locale a donc chuté. Une seconde reconversion s’amorce en 1824 avec plusieurs tentatives de sauvegarde et de modernisation : désormais le Trégor fournit en filature le nord de la France et la Normandie.

Nombre de moulins dans le Trégor ont eu leur rôle dans l’économie linière, leur effectif important sur les nombreuses rivières a été une aubaine pour l’activité linière qui s’est mécanisée au 19e siècle. A l’instar du meunier, le teilleur est désormais rattaché aux moulin du Trégor, comme en témoigne la quantité importante de teilleurs référencés dans le Trégor en 1953 (Cf. tableau des teilleurs). Pour premier exemple, le moulin de Kerouzy à Plouguiel passe en 1853 de la meunerie au teillage. La force hydraulique du moulin est utilisée pour mettre en mouvement des appareils transformant le lin en bois en fillasse utilisable directement par l’industrie.

La plupart des moulins témoignant encore aujourd’hui de cette activité n’a été associée au lin qu’à partir de la fin du 19e siècle. Le moulin dit Milin Coz à Langoat existe depuis le 15e siècle mais débute une activité de teillage de lin seulement en 1902. Pour le moulin Rolland à Hengoat, qui existait déjà au 16e siècle, le passage de la meunerie au teillage se fait seulement à la fin du 19e siècle. L'outillage nécessaire au teillage du lin est entraîné par l’énergie hydraulique jusqu’en 1947, année où les propriétaires construisent à côté du moulin, un entrepôt à lin accueillant un teillage moderne. Après avoir fait combler le bief pour faciliter et sécuriser l'accès, ils installent les premières machines en 1949, une dizaine d'ouvriers y travaille jusqu'en 1955. Ces machines fonctionnent au gazole, l’énergie hydraulique n’est donc plus utilisée mais cette activité de teillage maintient le site en activité pendant des années. La famille exploitante achète le lin aux agriculteurs alentours et le vend après teillage à des femmes venant du nord de la France. Celles-ci viennent acheter la filasse et l’étoupe pour l’industrie textile du nord. Aujourd'hui, les deux hangars (l’un abritant le teillage, l’autre servant d’entrepôt à lin) et le moulin à farine sont toujours conservés. La propriétaire du moulin Rolland est co-présidente de l’association Skol ar C’hleuzioù qui contribue à la préservation et à la valorisation du patrimoine linier en restaurant les routoirs à lin. Un circuit a été établi pour découvrir 21 routoirs, le moulin Rolland est également régulièrement visité pour voir le mécanisme de teillage du lin.

Voir : Le patrimoine linier autour de Pouldouran : circuit sur les 21 routoirs et localisation des moulins [IVR53_20192207787NUDA]

Dans la commune de Le Vieux-Marché, deux moulins témoignent encore de l’activité de teillage de par la conservation de leur mécanisme, il s’agit du moulin de Keranraix et du Moulin Neuf (site différent de celui du Pont Neuf). Ces deux teillages ont débuté respectivement en 1953 et en 1941, ce qui est relativement récent bien que leurs machines fonctionnaient grâce à l’énergie hydraulique.

Les moulins sont donc des éléments du patrimoine culturel matériel dont l’activité linière est à l’origine. La diffusion de techniques, innovations et savoir-faire au sein de cette industrie constitue également un patrimoine culturel immatériel qui donne du sens à ces éléments matériels qui marquent toujours le paysage.

Associés aux traditions papetières françaises, les moulins à papier sont aussi les témoins d’une activité relevant de la diffusion de techniques et de savoir-faire. Les savoir-faire liés au papier (du rouissage au pressage) proviennent de plus de l’autre bout du monde. La fabrication du papier est née en Chine, il y a ensuite eu un développement au Moyen-Orient, puis une implantation en Europe vers le 13e siècle. Certaines innovations techniques proviennent d’Italie comme le fait d’actionner les piles par la force hydraulique. En Bretagne, les traces remontent au 15e siècle. Dans le Trégor, nombre de moulins à papier débutent leur histoire et leur activité au 17e siècle comme le moulin de Kéréven à Plounevez-Moëdec en 1669. Au 19e siècle, les moulins à papier laissent progressivement la place aux papeteries industrielles. Plus d’informations sur ce sujet sont disponibles dans l’enquête thématique régionale sur les moulins à papier et papeteries industrielles de Bretagne.

En marge de l’industrialisation

Au 19e siècle la Bretagne est à l’écart de l’industrialisation, elle ne fait pas partie des territoires prospères au nord-ouest de l’Europe. Seules les minoteries et papeteries sont des témoignages de cette proto-industrie en Bretagne.

La modernisation de la filière textile avec certaines innovations techniques contribue à l’installation de plusieurs petites usines dans les vallées du Léguer, du Jaudy et du Trieux. Au bord du Guindy, le moulin de Kerouzy à Plouguiel employait une douzaine de personnes pour le teillage du lin. Mais le déclin de la filière aux 20e siècle, les deux guerres mondiales et la crise de 1929, mèneront le moulin de Kerouzy à cesser son activité en 1953.

Du côté des minoteries et des papeteries; l’usine des papeteries Vallée à Plounévez-Moëdec fonctionne à partir de 1856 sur le Léguer. Pendant plus d’un siècle, l’établissement de la famille Vallée prospère, il emploiera jusqu’à 250 ouvriers et bénéficiera en 1920 de la construction du barrage hydraulique de Kernansquillec (détruit en 1996). Finalement la papeterie déclinera dans l’après-guerre à cause de la concurrence européenne et fermera en 1965. Le site a depuis fait l’objet d’une mise en valeur environnementale et mémorielle originale.

Enfin il y a les minoteries qui, de par leur architecture, ont marqué les paysages du Trégor et incarnent la modernisation de la meunerie traditionnelle. Ces bâtiments imposants du 19e siècle sont à plusieurs étages et rendent compte de par leurs formes régulières des progrès techniques et la de rationalisation du travail. A l’inverse, les moulins à blé traditionnels d’avant le 19e siècle étaient généralement de modestes constructions difficilement distinguables des autres bâtiments ruraux. Dans le Trégor, les profils sont diversifiés, il y a des minoteries qui fonctionnaient comme des moulins à marée, le moulin à marée de Traou Meur à Trédarzec qui laisse place aujourd’hui à un magasin d'équipements et accessoires nautiques, et bien sûr, le moulin à marée de Bili Gwenn à Troguéry, classé Monument historique en 1999 qui a conservé ses dépendances et les machines qui produisaient l’énergie. Sur le fil de l’eau, se trouve également le moulin Le Daniou à Hengoat dont les deux plans dressés respectivement en 1573 et en 1855 attestent de son évolution avant qu’il soit reconstruit en minoterie dans les années 1870-1880. On peut aussi mentionner le moulin Kermeur à Tonquédec que son dernier meunier, Claude Querrec, fera fonctionner jusqu’en 2006.

Le retour des moulins

Depuis les années 1980, les moulins profitent d’un regain d’intérêt, après une période marquée par le déclin voire l’arrêt de leur activité (meunerie, papeterie, teillage du lin). Cependant ils ne sont pas tous condamnés à l’abandon, ce regain d’intérêt pour les moulins dans les années 1980 se traduit par la restauration de bâtiments par des particuliers, des collectivités locales ou des organismes publics. La difficulté est que les moulins à eau sont souvent peu accessibles et peu facilement restaurables.

Devenant des résidences principales ou secondaires, l’intégrité de ces moulins est très variable d’un édifice à l’autre, cela dépend de l’état dans lequel est le bâtiment avant sa restauration, et comment il va être transformé. Comme pour les fermes, certains moulins s’effacent derrière la maison pavillonnaire avec lucarnes étrangères aux styles locaux et matériaux modernes. Ce qui fait la spécificité d’un moulin, ce sont les équipements (bief, roue, mécanisme intérieur) qui selon les cas sont plus ou moins conservés. Dans le cas où le mécanisme existe encore, l’acquérant peut se lancer dans une opération allant au-delà de la restauration du bâti. Remettre en marche le moulin, certains ont pu l’automatiser ou/et l’électrifier comme au moulin de Buhulien à Lannion.

L’acquisition d’un moulin peut être motivée par le souhait de valoriser un patrimoine familial, de vivre dans un lieu "bucolique" près de l’eau, de produire de l’énergie renouvelable et d’explorer le monde des moulins en poursuivant l’histoire du sien. Les propriétaires de moulins peuvent faire partie en Bretagne de diverses associations (Association de sauvegarde des moulins de Bretagne) pour co-construire une connaissance autour des moulins, défendre leurs intérêts, et se conseiller entre eux sur les bonnes pratiques en termes de restauration, d’électrification, de respect des règles environnementales etc. Bien des fois, le propriétaire se lance dans la recherche d’archives pour retracer l’histoire de son moulin.

Mais les propriétaires ne sont pas les seuls à pouvoir redonner vie à ce patrimoine, la sensibilisation des plus jeunes au patrimoine, la valorisation touristique et les labels patrimoniaux peuvent jouer un rôle complémentaire dans la construction d’une conscience collective. Les groupes scolaires peuvent être de manière ludique sensibilisés à l’environnement (utilisation réfléchie de l’eau, énergie renouvelable), à des savoirs-faire d’antan et à l’identité locale. La valorisation touristique peut passer par la patrimonialisation de cours d’eau comme le Léguer, le moulin pouvant faire figure de patrimoine culturel dans une vallée riche en biodiversité. Autre que la vallée du Léguer, il y a l’estuaire du Jaudy et du Guindy qui peut se parcourir en kayak, de quoi découvrir ses paysages et espaces protégés, son patrimoine naturel et bâti qu’on retrouve par exemple au moulin à marée Bili Gwenn à Hengoat.

De plus, certains moulins - ou plus souvent le logis du meunier - sont devenus des gîtes. Dans les cas qui existent dans le Trégor, il y a souvent une volonté de raconter une histoire pour séduire des touristes en quête d’authenticité et d’histoire. Il y a donc derrière la conservation, une mise en valeur des éléments anciens. Pour le moulin de Keranraix à Le Vieux-Marché, les appareillages qui ont servi au teillage du lin sont mis en avant par les hébergeurs. Le moulin de Poulloguer à Prat dont l’activité de scierie a cessée en 1974, a été réhabilité en gîte d’étape en 2012. Il présente, dans ses abords, des panneaux de signalétique présentant les richesses naturelles du site (étang, boisement, bocage, jardin, rivière) et l'héritage historique du moulin (roue, meules, système de poutre-frein, architecture).

Enfin, il y a le label « Pays d’art et d’histoire » qui peut encourager davantage de valorisation et de sensibilisation, sans oublier un cahier des charges pour inciter à un urbanisme de qualité. Les moulins du Trégor constituent un patrimoine à la fois maritime (moulins à marée) et industriel (minoteries) qui s’insère souvent dans le patrimoine naturel au sein des vallées et des cours d’eau. C’est aussi un patrimoine riche et dispersé sur l’ensemble des communes, qui à l’instar des calvaires, fontaines, lavoirs et chapelles, témoigne d’une dispersion historique du peuplement du Trégor. Ce mode d’occupation de l’espace s’était en effet traduit par la recherche de proximité aux cours d’eau qui sont foisonnants dans le Trégor.

Conclusion

L’évolution, l’apparition et la disparition des moulins dans le Trégor sont le fruit de facteurs diverses tantôt endogènes (climat, ressources naturelles), tantôt exogènes (contexte politique et social, technologique et économique Français voir mondial). La construction des moulins au Moyen Âge est le fruit du système féodal ; certains seront reconstruits durant l’âge d’or grâce à une prospérité économique retrouvée. La Révolution française puis, la Révolution industrielle survenue au 19e siècle ont bouleversé le statut et le fonctionnement des moulins. Jusqu’à aujourd’hui, les moulins du Trégor n’auront pas échappé aux évolutions techniques et sociétales extérieures.

Période(s)Principale : Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine

Une organisation spatiale spécifique

« L'activité meunière est à l'origine d'une organisation spécifique de l'espace des fonds de vallées » (Maogan Chaigneau-Normand, 2002).

Les moulins sont les pionniers de l’aménagement des vallées, du moins en Bretagne. Établissant un lien avec les cours d’eau, les moulins ont contribué à l’anthropisation des vallées.

L’implantation des moulins dans les cours d’eau n’est pas le fruit du hasard. Le cours d’eau doit fournir une énergie assez importante pour faire tourner au mieux les meules. Une énergie constante induit donc un débit constant, malgré les aménagements conçus pour maitriser l’eau. Et il n’est pas envisageable que le ruisseau risque de geler l’hiver ou de tarir l’été. Il faut aussi éviter d’être en aval d’une agglomération pour ne pas souffrir des déchets laissés. La qualité de l’eau a aussi de l'importance ; les eaux calcaires et vives se prêtent bien au trempages, au lavage, et à la fabrication de la pâte pour les moulins à papier. Les tanneries se contentent, elles, d’une eau très abondante. Une fois l’implantation choisie, quel que soit son importance ou sa fonction spécifique, le bon fonctionnement du moulin dépend totalement du captage et de la maîtrise de l’eau.

Selon la situation, il faut creuser le bief amenant l’eau au moulin et un canal de fuite pour le retour de l’eau vers le cours naturel, construire un barrage avec déversoir pour que l’eau soit dérivée vers le moulin en prenant le bief, calculer les chutes, et enfin installer des vannes, une ouvrière et une de décharge. Le moulin peut aussi être en prise directe avec le cours d’eau.

Voir : Les équipements hydrauliques du moulin du Pont-Neuf à Le Vieux-Marché [IVR53_20192207788NUDA]

Le moulin s’intègre donc dans un ensemble formé de différents aménagements pour détourner l’eau, mais il est impératif de tenir compte des autres utilisateurs de la ressource en aval et en amont, le meunier voisin et les paysans aux alentours qui ont aussi besoin de l’eau. De plus, souvent encastré dans une vallée humide, le moulin doit malgré tout rester accessible en étant desservi par un chemin pour les charrettes lourdement chargées. Il est donc préférable qu’il soit situé à proximité des axes de circulation, des villages, et dans des secteurs à cultures céréalières s’il s’agit de moudre du grain. D’ailleurs, il y a souvent un couplage entre moulin et exploitation agricole : l’espace fonctionnel du moulin peut comporter une prairie, un jardin et des bâtiments agricoles proches du moulin.

Cette mise en valeur agricole s’accompagne d’autres éléments (pêcherie, bois etc.) pour d’autres usages. On peut parler ainsi de « site hydraulique » où les usages du cours d’eau et autour sont multiples. Cette multiplicité d’usages de l’espace autour des moulins à eau s’explique par plusieurs raisons : d’une part, la volonté de l’exploitant du moulin de diversifier ses sources de revenus ; d’autre part, la rivière, déjà aménagée pour la production, permet l’installation d’autres équipements utilisés par la communauté, villageoise ou urbaine (lavoirs, gués, pêcheries, etc.). Au-delà de la maitrise de l’eau, le moulin est de plus un lieu de passage, de franchissement du cours d’eau, qui a amené la construction de ponts, de digues et de péages.

Les vallées du Trégor, comme celle du Léguer ou du Jaudy, ont été aménagées dès le Moyen Âge et de manière dense. On compte au moins une quarantaine de moulins dans la vallée du Léguer qui partagent le même cours d’eau mais ont des histoires et des fonctionnalités différentes. On peut également citer le cours d’eau du Guindy où six moulins à teillage encore existants (au niveau des bâtiments) témoignent de la proto-industrie locale autour de l'économie linière (Guy Prigent, 2008). Le village du Guindy ayant profité de l’implantation de cinq moulins au fil des siècles, témoigne toujours de ce dynamisme via un patrimoine bâti riche côtoyant des aménagements de la rivière conservés : consulter les moulins à eau du Guindy (Minihy-Tréguier et Plouguiel).

Les moulins sont des héritages paysagers des vallées, établissant tantôt :

- un paysage industriel avec la transformation de certains en minoterie (moulin Kermeur à Tonquédec) ou en papeterie pour les moulins à papier (l’usine des papeteries Vallée à Plounévez-Moëdec).

- un paysage de friche avec des vestiges du bâtiment, de bief et de vannes qui subsistent malgré l’abandon et la végétation florissante (Moulin du Château à Tonquédec).

- un paysage "naturel" mais anthropisé : l’activité humaine et l’organisation spatiale que génèrent les moulins produisent des années 1850 aux années 1930 des paysages ouverts à végétation basse et très peu boisés. Le déclin des moulins a par la suite participé à une disparition des usages de l'espace se traduisant par du boisement. Aujourd’hui, la biodiversité se renouvelle et les moulins deviennent des marqueurs paysagers ponctuels reflétant une identité locale à valoriser.

C’est cette complémentarité entre des facteurs naturels et humains qui explique les évolutions et les spécificités des paysages des vallées. Des paysages aux lectures multiples qui, engagés dans un processus de requalification (patrimonialisation, résidentialisation, labellisation, etc.), génèrent des usages et représentations sociales diverses.

Implantation des Moulins à vent : à la recherche du sol où le ciel fera cadeau du vent

Si en Vendée, la densité des moulins à vent est importante, en Bretagne, leur répartition est très inégale. Dans le territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor, il y a seulement une trentaine de moulins à vent qui pour la plupart se trouvent près du littoral.

Voir : Les moulins à vent du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté (corpus actuel [IVR53_20192207789NUDA]

La vitesse du vent est plus importante sur le littoral allant jusqu’à 790 m/s. Même les mesures actuelles montrent une relative corrélation entre l’implantation des moulins à vent et la vitesse moyenne du vent. Le moulin à vent qui se trouve le plus au sud, dans la commune de Trégrom, fait presque figure d’exception, se trouvant dans l’arrière-pays et sur une zone dont la valeur enregistrée est plutôt faible (569 m/s).

Pour capter au mieux le souffle, il est préférable de construire le moulin sur une petite butte sans obstacles au vent autour. D’ailleurs on peut trouver dans les archives une requête de meunier à l’attention de l’assemblée pour qu’elle demande à un propriétaire de faire couper ses arbres car ils faisaient obstacle au vent.

Les moulins à vent sont devenus des repères pour les cartographes et les navigateurs. Les cartes de Cassini les répertorient de 1714 à 1845. Les moulins à vent restent utiles et pertinents par leur seule implantation. Certains, qui étaient tombés en ruine, ont été restaurés comme le moulin de la Lande du Crac'h à Perros-Guirec en 1986, et le moulin du Tourot à Plougrescant en 1993.

Annexes

  • Sources et méthodologie

    Sources et méthodologie

    Bibliographie

    La documentation disponible sur les moulins est assez variée, tout dépend du public visé et de l’enseignement recherché.

    Ouvrages généraux sur les moulins :

    - Fons de Kort, Moulins et meuniers de Bretagne, Ploudalmézeau : Label LN, 2006.

    - Gilles Pouliquen, Moulins en Bretagne, Coop Breizh, 2005.

    - Maurice Chassain, Moulins de Bretagne, Keltia Graphic, 1993.

    - Claude Rivals, Jacques Le Goff, Le moulin et le meunier, Empreinte Eds, 2000, 233 p.

    - Annie Candore, Guide des moulins en France. : moulins à eau, moulins à vent, moulins - auberges musées artisanat, Pierre Horay Editeur, 1992.

    Ces ouvrages illustrent la richesse de la culture autour des moulins (vie de meunier, architecture, mécanisme, activité économique etc.). D’autres livres, se spécialisent sur certains types de moulins :

    - Yann-Ber Kemener, Moulins à papier de Bretagne : Une tradition séculaire, Skol vreizh, 1989.

    - Jean-Louis Boithias, Antoine La Vernhe, Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral : mouleurs, piqueurs et moulageurs. Nonette : éditions Créer, 1989.

    - Jean Caroff, François Huon, Moulins à papier et familles papetières de Bretagne du 15e siècle à nos jours, Les édition du CGF et du Queffleuth, Saint-Thonan, 2015.

    Pour ce qui est du Trégor, l’ouvrage de Yves Coativy et Jean-Jacques Monnier intitulé « Le Trégor », définit le territoire à travers son histoire, ses différentes périodes, son patrimoine culturel et naturel.

    Des recherches historiques et archéologiques plus poussées sont accessibles via les bulletins de liaison du Club d’Archéologie et d’Histoire de Bégard, Les cahiers du Trégor :

    N° 13 - décembre 1985 : "Le moulin à marée de Trégastel" par Hervé Le Goff.

    N° 14 - mars 1986 : "Entre Guic et Beffou, les moulins de Loguivy-Plougras vers 1830 et histoires autour de la Coutume sous l’Ancien Régime" par Louis Dudoret.

    N° 15 - juin 1986 : "Entre Guic et Beffou, les moulins de Loguivy-Plougras vers 1830 et histoires autour de la Coutume sous l’Ancien Régime" par Louis Dudoret (suite).

    Il existe également les bulletins annuels de l’Association pour la Recherche et la Sauvegarde des Sites Archéologiques du Trégor (ARSSAT) dont celui de 2013 présente un article sur la rénovation du Moulin de Traou an Dour (Loguivy-Plougras) :

    - Mark Gaultier Koedlezvareg, "Le moulin de Traon-an-Dour en Loguivy-Plougras", bulletin de l’ARSSAT, 2013.

    Tout ce corpus permet de se construire une culture plus ou moins générale sur les moulins, mais pour connaitre des détails précis sur un tel en particulier, il est nécessaire de faire des recherches dans les archives. Il y a les archives municipales pour faire une entrée par commune, ou les archives départementales. Etant donné la densité des documents, la visite aux archives départementales doit être préparée à l'avance via la consultation des répertoires et inventaires des archives. L’article « Les sources de l'histoire des moulins aux Archives départementales des Côtes-du-Nord » constitue un guide essentiel pour ceux voulant faire des recherches sur les moulins du département aux archives. Écrit par Alain Droguet en 1988, l’article indique les séries/répertoires à consulter pour avoir telles informations recherchées. Il s’adresse spécifiquement aux propriétaires de moulins cherchant à connaitre le passé de leur propriété ou à faire valoir leur droit de l’eau en prouvant l’existence de leur moulin. Des documents, des statistiques, des plans et bien d’autres informations sur les moulins peuvent se trouver dans multiples séries comme la série M (Administration générale et économie), la série S (Travaux publics et transports) ou encore la série E (Seigneuries, Familles, Notaires, État civil).

    Nature des documents

    Série correspondante

    Paragraphe de l’article apportant des précisions

    Documents figurés

    E

    L

    3 P

    S

    100 J

    Fi

    3.1

    2.3

    1.2

    1.3

    3.1

    3.1

    Statistiques, listes

    L

    6 M

    3 P

    S

    Bi (Bibliothèque)

    2.1

    1.1

    1.2

    1.1

    1.1

    Titres de propriété, baux, descriptions de moulins

    B

    2 C

    1 et 2 E

    3 E

    G

    H

    J

    1 Q

    3 et 4 Q

    S

    3.3

    3.2

    3.4

    3.2

    3.4

    3.4

    3.4

    2.2

    1.2

    1.3

    Tableau synoptique des séries aux archives départementales des Côtes-d’Armor

    Terrain

    Le travail de terrain est très riche en renseignements. Selon l’état de l’édifice, une lecture architecturale permet de comprendre l’évolution et la fonction du bâti. De plus, rencontrer le propriétaire peut fournir un témoignage unique avec des informations et anecdotes qu’on ne trouvera jamais dans des documents écrits. Si le propriétaire est intéressé et investi par rapport au sujet, la discussion peut ouvrir des portes vers d’autres contacts ou problématiques à explorer. Dans le cas des moulins, le propriétaire peut faire partie d’une association de propriétaires de moulin où il échange sur les questions de droit de l’eau, d’électrification, de restauration etc. Ce sont ces types de sujet qui sont abordés dans la revue « Moulins bretons » de l’Association de Sauvegarde des Moulins de Bretagne basée à Pontivy. Néanmoins certains propriétaires sont amers et méfiants, se sentant incriminés de toutes parts via des courriers administratifs, des associations ou des voisins les accusant de ne pas être en règle, de nuire aux milieux aquatiques etc. Les questions liées à la continuité écologique, aux relations de voisinage ou à l’utilisation de l’eau généralement ont pu nourrir un climat de tension où le dialogue entre les acteurs tend à se rompre.

    Cartographie et Système d'information géographique (SIG)

    Pour mettre en perspectives les informations géo-référencés sur les moulins, les systèmes d’informations géographiques permettent d’avoir une vue d’ensemble des moulins qui ont été recensés et/ou étudiés sur le territoire. Le croisement des différents fonds de cartes (cadastre actuel et ancien, ortho photo, carte IGN) permet une localisation plus précise des édifices. Des couches figurant l’hydrographie, le relief, le vent donnent une lecture de l’implantation des moulins en fonction des facteurs naturels. La richesse des données attributaires pour chaque entité pourra mener à postériori à une catégorisation des moulins en fonction de leurs attributs.

    Constitution du corpus

    Le premier objectif était de constituer un corpus de tous les moulins du Trégor, c’est-à-dire ceux qui sont localisés dans le périmètre de Lannion-Trégor Communauté. De premières difficultés se sont fait ressentir face à un jeu de données dense et hétérogène.

    Outils de production

    - Qgis, logiciel de Système d'information géographique (SIG). Cet outil a permis l’exploitation et l’analyse des données de l’Inventaire du patrimoine.

    - recensement-patrimoine.bretagne.bzh. Cette application de la Région Bretagne permet de créer des notices de recensement.

    Outils de diffusion

    - Kartenn, Patrimoine culturel. Ce visualisateur cartographique de la Région Bretagne permet une restitution territoriale de l’ensemble des données géolocalisées sur différents fonds cartographiques. Il dispose également d’une fonction de partage via un lien permanent (pour intégration dans un site externe par exemple) et d’une fonction d’export au format image.

    - patrimoine.bzh - L’Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne. Il s'agit du site de diffusion des dossiers d’études produits par l'Inventaire du patrimoine (régie directe et partenariats).

    - patrimoine.bretagne.bzh - Inventaire et valorisation du patrimoine de Bretagne.

    Le travail avec le logiciel Qgis avait pour but de trier les données pour ne garder que les moulins qui sont dans le territoire de Lannion-Trégor Communauté. Seul les éléments avec comme dénomination « moulin » sont prise en compte, à l’exception de certains comportant la dénomination « usine ». La première carte représente les moulins recensés, les moulins étudiés et ceux qui ont à la fois été recensés et étudiés. Cette carte fait état du corpus initial.

    Voir : Les moulins à eau du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté (corpus initial [IVR53_20192207785NUDA]

    Ce corpus initial compte 105 moulins recensés avec le "Juno" (ancien outil de recensement), 30 récemment recensés avec l’application de recensement (application accessible sur le terrain via une tablette ou au bureau via un navigateur internet) et 81 ayant fait l'objet d'une étude. Plusieurs constats ressortent de ce premier état des lieux :

    • Certaines communes ne présentent aucune notice de recensement ou étude de moulin.
    • Les éléments recensés proviennent de deux sources différentes à cause de l’évolution des outils ; du Juno à l'application actuelle.
    • Certains moulins n’ayant pas été localisés, leur "centroïde" est placé automatiquement au centre de la commune (formant un polygone), ce qui est une aberration géographique.
    • Il n’y a pas 216 moulins sur le territoire comme on pourrait le croire à partir des données car il y a des doublons. Certains moulins ont été recensés et étudiés (21 cas comptabilisés), produisant deux centroïdes au même endroit. On peut même trouver des doublons entre notices de recensement, ce qui est anormal.

    Face à ces constats, il a donc été décidé de reprendre les moulins du "Juno" afin que tous les moulins recensés proviennent de la même source : le site de recensement. Il a donc été question de produire de nouvelles notices sur recensement-patrimoine.bretagne.bzh à partir des informations des anciennes recueillies avec le "Juno". A noter que celles qui concernaient des moulins ayant fait l’objet d’un dossier d’étude n’ont pas été refaites. Ainsi, seules 87 notices sur 105 ont été reprises. Par ailleurs, pour densifier le corpus et le rendre le plus complet possible, il s’est avéré intéressant de créer de nouvelles notices pour des moulins n'ayant jamais fait l'objet d'un recensement ou d'une étude.

    Ces nouveaux moulins ont été repérés grâce à l'utilisation du cadastre ancien numérisé. Ce travail a donc nécessité l’utilisation de Qgis pour repérer les nouveaux moulins. L’affichage des centroïdes de moulins déjà relevés permet d’éviter les doublons, et la couche de l'hydrographie - qu'on superpose aux tableaux d’assemblage géo-référencés du cadastre ancien - aide à repérer plus facilement les moulins à eau. Le repérage d’un nouveau moulin s’accompagne d’une vérification des sections de cadastre ancien qui sont plus précises mais qui n’ont pas été calées sur Qgis. Toutes les informations récoltées ont permis de produire des notices inédites sur le site de recensement. Au final, 179 nouveau moulins ont été recensés avec le cadastre ancien.

    Voir : Les moulins à eau du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté (corpus actuel) [IVR53_20192207786NUDA]

    Comme le montre cette deuxième carte, la donnée s'est densifiée avec 179 moulins supplémentaires. A cela s'ajoute des moulins qui avaient déjà recensés mais qui furent oubliés lors du premier état des lieux. Désormais les moulins recensés proviennent tous du site de recensement, ce qui homogénéise la donnée mais pas seulement. La localisation des moulins du "Juno" a été améliorée, associant systématiquement les bâtiments concernés lorsqu’ils étaient encore existant. Auparavant, étaient surtout utilisés des points, en réalité les points sont plus pertinent pour désigner les édicules (croix, puits etc).

    Par ailleurs, le champs « situation géographique » a été ajouté afin de pouvoir faire des statistiques sur la répartition des moulins selon les cours d’eau. Voilà ce qu’il en résulte :

    Voir : répartition des moulins par cours d'eau [IVR53_20192207795NUDA]

    C’est sur le Léguer que l'on retrouve le plus de moulins, bien que bon nombre d’entre eux se trouvent également le long d'affluents, et de petits cours d’eau. C’est un patrimoine très dispersé.

    Grâce à la datation des moulins, il est possible de faire une chrono-typologie des édifices. Leur datation s’obtenant via l’analyse architecturale, les documents d’archive ou encore les dates portées :

    Voir : répartition des dates principales [IVR53_20192207794NUDA]

    Logiquement, les moulins les plus anciens sont les plus rares. Beaucoup d'entre eux sont datés entre le 17e et le 19e siècle, sachant que seule la datation principale est prise en compte. Peu de moulins ont été construit au 20e siècle, en revanche, beaucoup ont été remaniés depuis les années 1980 (cf. chapitre intitulé "Le retour des moulins"). On compte d’ailleurs dans le corpus 82 moulins dont la datation secondaire mentionne le 20e voire le 21e siècle. Notons néanmoins que la majorité du corpus n’est pas daté précisément (à savoir près de 200 moulins). Tous les moulins relevés à partir du cadastre ancien sont par défaut datés de l'« époque contemporaine ». Des recherches en archives et des visites sur le terrain permettent d'affiner leur datation, néanmoins on peut savoir quel moulin existait déjà l’année où le cadastre de la commune en question a été réalisé. Dans le cas des communes du Trégor, l’amplitude va de 1806 à 1853.

    Malgré toutes ces mises à jour, les notices du "Juno" n’ont pas été supprimées car elles contiennent encore des informations exclusives qui par ailleurs ne sont pas toujours diffusées en intégralité.

    Limites et difficultés dans la reprise de données

    La constitution d’un corpus sur les moulins du Trégor a fait émerger la complexité de la donnée qui est devenue hétéroclite au fil de l’évolution des outils, des méthodes et de leur appropriation par les agents du service de l'Inventaire du patrimoine culturel et des partenaires. Dès le début, il était difficile d’avoir le nombre exact de moulins sur le territoire, car les données d’éléments patrimoniaux provenaient de sources multiples qui fallait trier pour n’avoir que les moulins. Les différentes sources ne se complétait pas parfaitement en raison de formats différents (centroïde, polygone) et de doublons. De plus, les doublons entre recensement et étude amènent à faire attention à ne pas comptabiliser un moulins deux fois. Il est possible aussi de trouver des doublons de recensement (deux notices pouvant être réalisé en fonction de problématiques ou contextes différents).

    Concernant les données du "Juno", les notices visibles sur Kartenn laissent entrevoir plusieurs problèmes. Certaines notices contiennent très peu d’informations : titre vague (« Moulin »), datation, une photographie sans le nom de l’auteur etc. Il est probable que certaines informations et photographies n’ont pas été diffusés. De plus, certaines images en basculant dans Kartenn semblent avoir été détériorées, c’est-à-dire redimensionnées et renommées. Ce qui donne de faibles dimensions (ex : 349 x 262 pixels) et un titre qui ne renseigne pas la date de prise de vue (ex : « 0nn38ln34ehr »).

    Concernant la localisation de édifices, cette dernière traduit elle-même le caractère hétéroclite de la méthodologie employée et de l’appropriation de la philosophie d'Inventaire selon les opérateurs. Certains moulins n’ont pas été localisés, la seule information géographique renseignée étant la commune, alors automatiquement, le moulin est localisé au centre de la commune dans Qgis et Kartenn. Il y a par exemple un dossier d’étude sur le moulin à eau d'Arère à Plouguiel, sauf que le géo-référencement le situe au centre exact de cette commune.

    Ces erreurs et altérités sont dues en partie à l’évolution des outils ou des fonds cartographiques qui n’offrent pas les mêmes possibilités. Les anciens outils comme Geosetter et le "Juno SB" présentaient des limites de fonctionnalité, et encore aujourd’hui, il n’est pas possible avec l’application de recensement sur la tablette de pointer directement sur le terrain la localisation sur le cadastre (le géo-référencement se faisant le plus souvent au retour du terrain). D’autre part, il y a parfois un décalage méthodologique et philosophique avec les partenaires de l’Inventaire qui ont leurs propres objectifs et compétences. La coordination et la formation sont nécessaires pour que le travail de ces partenaires puisse s’aligner avec les exigences de l'Inventaire, bien que la méthode de localisation/géo-référencement des édifices fasse encore débat au sein même de l’Inventaire. Dans le cas d’un site avec plusieurs éléments bâtis, comme une ferme par exemple, deux solutions sont employées :

    - l’agrégation de polygones à partir de la couche bâti du cadastre (par exemple : logis, étable, soue à cochons...). Cette agrégation permet le géo-référencement de l'entité "ferme" composée de plusieurs polygones correspondant aux différents bâtiments.

    - la création d'une figure géométrique nouvelle dite "patatoïde" qui englobe tous les bâtiments concernés (logis, étable, soue à cochons... et la cour). Cette figure ne remploie pas la couche bâti du cadastre

    Les deux méthodes ne se valent pas sur le plan scientifique et technique. A signaler que dans les deux cas, la ferme est dissociée des terres agricoles qui la composent.

  • Moulins à marée et hydro-toponymie

    Le littoral du Trégor a permis l’installation d’au moins une dizaine de moulins à marée. Certains d’entre eux sont très spécifiques au Trégor, par exemple, le moulin de Buguéles à Penvénan qui est l’unique moulin à marée interinsulaire du littoral breton, et l'un des rares moulins avec une toiture de tuiles rouges. On retrouve aussi plusieurs moulins qui se ressemblent au niveau de l’architecture comme le moulin à marée du Petit Traouïero à Perros-Guirec, du Grand Traouïero à Trégastel et de Traou-Meur à Pleudaniel. Ces trois moulins sont à mur ouvert (ou pignons découverts), dans le principe, l’édifice arbore une cage en bois insérée dans la maçonnerie.

    Les toponymes des moulins participent à entretenir un patrimoine linguistique dont l’interprétation et la compréhension permet de caractériser le milieu dans lequel ces constructions s’insèrent. Dans le cas des moulins à marée, on peut parler d’hydro-toponymie. Le moulin à marée de Pleudaniel est par exemple niché dans un "grand-bas-fond" (d’où le nom Traou-Meur) où s’écoule le Trieux. Le terme "Traouièros" veut dire "amas de roches" et qualifie donc les abords des deux moulins à marée se trouvant à Trégastel et à Perros-Guirec.

    Plus généralement, la toponymie des moulins participe à revaloriser l’identité locale.

    Autres exemples en dehors des moulins à marée :

    Moulin à papier de Traou Hi à Loguivy-Plougras (Traou = vallée).

    Moulin à eau de Coat ar roux (Coat = bois).

    Moulin à vent de Crec'h Meurios (Crec’h = colline).

    Milin ar Stang à Plouzélambre (Stang = étang).

    Plus d'informations sur ce sujet sont disponibles dans le dossier sur les moulins à marée de Bretagne.

  • Focus sur le droit de l’eau

    L’héritage dont peut bénéficier le propriétaire d’un moulin ne se résume pas seulement à des éléments matériels. L’histoire a façonné des droits spécifiques aux moulins que les propriétaires peuvent utiliser pour opposition à d’autres usages. Le droit d’eau préserve l’utilisation de l’eau pour ceux qui sont en amont. Les propriétaires de moulin possédant un droit d’eau peuvent répondre à de diverses incriminations venant des voisins, et refuser qu'on réduise ou qu'on modifie leur droit d'eau lorsque sont menées des opérations de restauration de la continuité écologique. Aux moulins sont toujours rattachés des droits fonciers spécifiques en dépit de leur reconversion en maisons qui peut faire oublier leur passé.

    Le droit de riveraineté concerne les propriétaires d'un fonds bordant un cours d'eau non domanial, ou traversé par celui-ci. Le propriétaire possède alors le droit de propriété sur le lit du cours d'eau et le droit d'usage préférentiel que le riverain a la faculté d'exercer sur les eaux. Mais le droit de riveraineté induit aussi de nombreuses restrictions visant à satisfaire les intérêts prives et l’intérêt général. Autrement dit, le propriétaire a aussi des devoirs envers ses voisins (en amont et en aval), et envers l’eau en tant que bien commun.

    Le droit fondé en titre est un droit d’usage de l’eau particulier. Il est perpétuel : les demandes d'autorisation ou de renouvellement du droit d’eau ne sont donc pas nécessaires. Bien que couverts par un droit perpétuel pour leurs usages, les ouvrages "fondés en titre" sont toutefois soumis à la police de l’eau. Sur les cours d’eau domaniaux, ces droits fondés ont été acquis avant l’édit de Moulins de 1566. Sur les cours d’eau non domaniaux, ces droits ont été délivrés sous le régime féodal par les seigneurs avant la révolution. La nuit du 4 août 1789 a aboli les privilèges mais ces droits ont été exemptés afin que les moulins réguliers puissent continuer d’assurer la continuité de l’alimentation des populations via la production meunière.

    Au cours du 19e siècle s’est établie une police de règlement pour les cours d’eau non domaniaux : l’industrialisation menaçant les milieux naturels durant ce siècle, des mesures d’entretien concernant les installations fluviales était alors nécessaires.

    Depuis, plusieurs textes législatifs encadrent le régime des droits fondés en titre, de la loi du 16 octobre 1919 sur l'utilisation de l'énergie hydraulique à la LEMA de 2006. Le droit fondé en titre des moulins a deux composantes :

    - un droit de propriété sur des parcelles cadastrales bâties et non bâties.

    - un droit réel immobilier portant sur l’usage de l’eau qui circule par le bief. Le droit de riveraineté ne s’y applique pas, c’est-à-dire que les riverains du bief autres que le propriétaire du moulin n’ont pas le droit d’usage des eaux qui y transitent.

    Pour ces deux composantes, il y a une différenciation entre les éléments corporels (matériels) et incorporels (immatériels). Les éléments corporels sont les « accessoires » du moulin - bief, vanne, seuil etc. - et leur emplacement. Les éléments incorporels sont aussi importants : ce sont le règlement d’eau et les servitudes (pour les accessoires présents sur une ou plusieurs parcelles n’appartenant pas au propriétaire du moulin).

    Enfin, un droit d’eau peut être considéré comme perdu en raison de la ruine des ouvrages. C’est le cas pour plusieurs moulins ruiniformes dans le Trégor. Mais comment détermine-t-on alors qu’un ouvrage est « ruiné » ?

    Se documenter sur son moulin peut donc permettre au propriétaire de faire reconnaitre son droit d’utiliser le cours d’eau.

  • La question de la continuité écologique

    Définition et enjeux

    La continuité écologique garantit la libre circulation des espèces aquatiques et le transport des sédiments à travers les cours d’eau et les autres milieux aquatiques. Si le transit sédimentaire n’est pas assuré, un déséquilibre peut se créer, en amont de l’obstacle : les sédiments sont stockés et s’accumulent au même endroit, et ce colmatage des fonds de cours d’eau a un effet négatif sur l’oxygénation des milieux. Au contraire, en aval, le manque de sédiments accentue l’érosion et dégrade la morphologie des milieux.

    Les espèces aquatiques subissent également les effets des ruptures de continuité écologique : la diminution de l’écoulement entraine des zones de stagnation où l’eau se réchauffe plus et plus vite, ce qui altère sa qualité physico-chimique, et fragilise l’existence des espèces qui y vivent. Par ailleurs, les poissons qui ne peuvent pas franchir les barrages ou les seuils se retrouvent en difficulté pour accéder à leur habitat (de repos, de reproduction…), ce qui limite leur capacité à s’alimenter et s’abriter, et à se reproduire. Cette situation menace l’existence de certaines espèces, notamment les poissons migrateurs, qui ont besoin de voyager entre la mer et l’amont des bassins versants où se trouvent les frayères1.

    Historique de la réglementation

    En France, les enjeux de libre circulation des poissons sont abordés dès 1865 avec la première loi sur la pêche. En réponse au déclin constaté des populations de poissons migrateurs, elle instaure les premiers classements des cours d'eau. Désormais, tout ouvrage hydraulique existant sur un cours d'eau classé dans la deuxième catégorie doit comporter des dispositifs assurant la circulation des poissons migrateurs. Mais l’objectif principal de cette loi est de pérenniser la pêche en assurant le peuplement des cours d’eau2.

    En 1919, la loi du 16 octobre relative à l'utilisation de l'énergie hydraulique interdit tout nouvel ouvrage hydroélectrique sur les cours d’eau classés "rivières réservées".

    En 1984, la loi du 29 juin relative à la pêche en eau douce et à la gestion des ressources piscicoles renforce les exigences sur les dispositifs de franchissement aménagés sur les ouvrages hydrauliques existants. Il y a désormais une obligation d’entretien et d’efficacité pour les passes à poisson qui doivent aussi être aménagées sur les ouvrages existants des rivières classées dans un délai de 5 ans3.

    A l’an 2000, un changement de cap est amorcé par l’Union Européenne avec la directive-cadre sur l'eau (DCE ou directive 2000/60/CE)4. L’objectif est de munir les États-membres d’un ensemble législatif sur l'eau, assurant la cohérence des politiques de gestion et de protection des masses d'eau pour lesquelles le bon état écologique et le bon état chimique doivent être atteints à l'horizon 2015, mais permettant des dérogations jusqu’en 2027. L’innovation introduite par la DCE est la prise en compte de l’ensemble des compartiments écologiques dans l’évaluation de l’état d’un cours d’eau : l’eau, la faune, la flore, les habitats. Ainsi, le bon état écologique d’un cours d’eau requiert non seulement une bonne qualité de l’eau (son état chimique), mais aussi un bon fonctionnement des milieux aquatiques, évalués à partir d’éléments de qualité biologiques animaux (poissons, invertébrés) et végétaux (plantes aquatiques), physico-chimiques (phosphore, nitrates, PH…) et hydromorphologiques (état des berges, continuité de la rivière, etc.).

    La DCE est transposée en droit français en 2004, mais c’est la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) du 30 décembre 2006 qui reprend l’ensemble des obligations attendues pour les écosystèmes aquatiques. Cette loi réaffirme la nécessaire gestion à l’échelle de grands bassins-versants - qui se traduit par les schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) en place dès la première loi sur l’eau en 1964 - et introduit la notion de continuité écologique, puisque soutenant le bon état écologique des cours d’eau.

    Le classement des cours d’eau évolue avec la création des listes 1 et 2. La liste 1 rassemble les cours d'eau en très bon état : aucune intervention n’est à prescrire pour les obstacles, en revanche les nouveaux obstacles ne sont pas autorisés - ils représentent environ 30% du linéaire de cours d’eau en France. La liste 2 inclut les cours d'eau sur lesquels il est nécessaire d'assurer la continuité écologique : tout obstacle doit être mis en conformité par son propriétaire dans un délai de 5 ans - ils représentent environ 11% du linéaire de cours d’eau.

    Dans le Trégor, aucun cours d’eau n’est classé en liste 1. En revanche, plusieurs segments de cours d’eau sont classés en liste 2 : des portions sur le Léguer, le Guindy, le Jaudy, le Guic, le ruisseau de Kerlouzouen etc. Le Contrat territorial milieux aquatiques du bassin versant du Léguer 2016-2020 précise avec plusieurs tableaux les interventions prévues pour les moulins sur le Léguer (Cf. Annexes).

    Voir : Classement des cours d'eau du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté [IVR53_20192207790NUDA]

    Cette procédure de classement des cours d'eau s'est achevée en 2012 ou 2013 selon les bassins. Deux années avant, la Loi Grenelle II du 12 juillet 2010 inscrivait le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques comme un des principes de la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau5.

    Différents dispositifs de gestion des milieux

    Le Trégor est doté un chevelu hydrographique très dense, à l’origine d’une richesse faunistique et floristique le long des cours d’eau jusqu’au littoral, mais aussi d’un patrimoine bâti à la fois diversifié et dispersé. Plusieurs dispositifs permettent de gérer ces milieux.

    Le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) est un outil de planification de la politique locale de l’eau au niveau d’un territoire hydrographique cohérent, à savoir le bassin versant. Il est la déclinaison locale du SDAGE. Le territoire du Trégor est concerné principalement par deux SAGE, celui de la « Baie de Lannion » signé en 2018 et celui de « Argoat-Trégor-Goëlo » signé en 2017. Les SAGE sont élaborés par la Commission locale de l’eau (CLE), qui regroupe une diversité d’acteurs : collectivités, EPCI, représentants de l’Etat, associations, etc. Ils doivent être compatibles avec les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et les documents d’urbanisme locaux et sont opposables aux aménagements qui iraient à l’encontre des mesures prescrites. Les deux SAGE qui concernent le Trégor portent des dispositions relatives à la continuité écologique : dispositions 46 à 49 pour le SAGE « Baie de Lannion » et disposition 48 pour le SAGE « Argoat-Trégor-Goëlo ».

    Le plan d’action opérationnel territorialisé (PAOT) est un des outils opérationnels de la Mission inter-services de l’eau et de la nature (MISEN) pour la mise en œuvre de mesures sur le territoire. Son élaboration résulte d’une coordination entre les acteurs des différentes échelles de planification : bassins versants, départements et régions. Des actions reconnaissant les enjeux de l’eau - lutte contre la pollution aux pesticides ou l’érosion, usages de baignade et d’assainissement, restauration de la continuité écologique6 - en font souvent partie. Dans le Trégor, des zonages pour le rétablissement de la continuité écologique ont été inscrits autour des cours d’eau classés sur la liste 2 : le Guindy, le Lzildry, le Jaudy, et le moulin de Bizien entre autres. Pour chaque zone, la mesure à mettre en œuvre est « Aménager ou supprimer un ouvrage (à définir) ».

    Les zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) portent seulement à connaissance un patrimoine naturel dont l’intérêt est reconnu. Ce sont des instruments de connaissance et de sensibilisation auprès des projets d’aménagement, mais elles n’impliquent aucune protection réglementaire. Toutefois, elles constituent une base d’informations disponibles pour le réseau Natura 2000. On distingue 2 types de ZNIEFF, les ZNIEFF de type 1 qui sont secteurs de grand intérêt biologique ou écologique, et celles de type 2 qui englobent les grands ensembles naturels riches et peu modifiés, offrant des potentialités biologiques importantes7. Sur le Léguer, il y a trois zones de type 1, c’est-à-dire qu’il y a au moins une espèce ou un habitat écologique patrimonial dans ces zones : l’estuaire du Léguer, la basse vallée du Léguer et la moyenne vallée du Léguer.

    La trame verte et bleue (TVB) consiste à préserver et rétablir des corridors écologiques au sein d'un réseau fonctionnel autant terrestre (trame verte) qu’aquatique (trame bleue). Cette mesure du Grenelle de l'environnement est un outil d'aménagement du territoire qui doit être intégré dans une cartographie régionale et les documents d'urbanisme (SCOT, plans locaux d’urbanisme - PLU, etc.). Ces corridors sont identifiés dans les schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE). Dans le Trégor, la plupart des cours d’eau sont identifiés comme réservoirs régionaux de biodiversité et corridors écologiques régionaux. L’objectif affiché est de « préserver ou restaurer la fonctionnalité écologique des cours d'eau »8.

    Enfin, le plan de gestion des poissons migrateurs (PLAGEPOMI), document de référence sur la gestion des poissons migrateurs (saumon atlantique, lamproie, anguille, truite de mer etc.), est l'instrument du comité de gestion des poissons migrateurs (COGEPOMI). Plusieurs dispositifs du PLAGEPOMI des cours d'eau bretons convergent ainsi vers l’objectif de continuité écologique des cours d’eau. La vallée du Léguer est particulièrement concernée en raison de la richesse de son patrimoine naturel.

    La Vallée du Léguer

    Le Léguer, fleuve côtier de 70 kilomètres prend sa source au sud-est de Pont-Melvez, et passe par Belle-Isle-en-Terre, Plouaret et Lannion. Le Léguer est la première rivière labellisée "Site Rivières Sauvages" en Bretagne, label européen décerné aux rivières préservées présentant un patrimoine naturel riche.

    De plus la vallée du Léguer a été choisie pour intégrer le réseau Natura 2000, le site "Rivière Léguer, forêts de Beffou, Coat an Noz et Coat an Hay" fait donc partie des sites européens reconnus pour leur richesse biologique avec des enjeux de préservation d’habitats naturels et d’espèces d’intérêt communautaire.

    L’histoire du Léguer est marquée par le barrage de Kernansquillec, qui l’a séparée en deux de 1920 à 1996 pour alimenter en électricité les papeteries Vallée. Le démantèlement de ce barrage en 1996 a été le point de départ d’actions de réhabilitation et d’entretien de la vallée.

    Le groupement Bassin Versant « Vallée du Léguer » y a notamment contribué. Il regroupe l’ensemble des communautés d’agglomérations et des producteurs d’eau du bassin versant. Il associe également professionnels et usagers de son territoire. A travers ce groupement, de nombreuses actions sont menées pour la qualité de l’eau, une agriculture plus respectueuse de l’environnement, les captages d’eau potable sécurisés, la préservation des zones humides et de la biodiversité, et la restauration de la continuité écologique. Une forte attention est portée au patrimoine naturel avec l’encouragement d’une pêche et d’une agriculture raisonnées, un dynamisme des acteurs locaux qui animent et valorisent la vallée tout en assurant de la sensibilisation autour de l’environnement.

    La vallée du Léguer a ainsi retrouvé une physionomie plus naturelle. La restauration de la continuité écologique est au cœur de ce processus de retour d’espèces dans le cours d’eau. L’observatoire des poissons migrateurs de Bretagne9 indique que le bassin du Léguer présente des indices d'abondance pondéré en forte hausse par rapport à la moyenne régionale des dix dernières années : en 2018, le bassin du Léguer représente 10,48 % de la production régionale de saumons juvéniles.

    Mais la quarantaine de moulins longeant le Léguer, certains - comme le moulin du Losser à Ploubezre - étant des marqueurs paysagers connus des pêcheurs et autres usagers du fleuve, sont peu pris en compte dans la valorisation de la vallée. Or cette non prise en compte peut entrainer leur disparition ou la disparition de leur système hydraulique en faveur de mesures de restauration de la continuité écologique.

    Pour exemple, les deux déversoirs du moulin de Kerguiniou à Ploubezre ont été déconstruits : l’eau n’est plus conduite dans le bief qui contient désormais de l’eau stagnante. Autre exemple, un déversoir situé en aval du moulin a fait l’objet d’une brèche afin d’assurer d’une part la circulation piscicole et sédimentaire, tout en alimentant toujours le bief conduisant l’eau au moulin de Kermeur à Tonquédec.

    Voir annexes pour les travaux.

    Voir : Le barrage du moulin de Kerguiniou à Ploubezre sur le Léguer : vues comparatives (état en 2014 lors du recensement des éléments bâtis de la commune de Ploubezre et en 2019, après la déconstruction du barrage) [IVR53_20192207793NUCA]

    Plus en amont du fleuve, le propriétaire du Moulin Neuf (Le Vieux-Marché) - dont le bief, la turbine, l’ensemble des mécanismes et les machines sont en place et fonctionnelles - doit prouver à la DDTM que son moulin est fondé en titre, c’est-à-dire prouver via des documents d’archive que son moulin existait avant la Révolution. Or le toponyme de son moulin a évolué, renommé Moulin Neuf au 18e ou 19e siècle. S’il n’y parvient pas, le Contrat territorial des milieux aquatiques du bassin versant du Léguer 2016-2020 stipule qu'il renonce à son droit d’eau ou à une partie de son droit d’eau, la maîtrise d’ouvrage des travaux de restauration de la continuité écologique sera portée par la collectivité avec le risque de voir se produire l’arasement du seuil. Mais s’il y parvient, il peut conserver le moulin pour un usage (l’installation d’une turbine hydroélectrique, par exemple), et porter directement la maitrise d’ouvrage et bénéficier d’une aide et d’une expertise de la collectivité pour monter son projet : cela pourrait être l’installation d’une passe pour la montaison et la dévalaison des poissons.

    Sur le Léguer, plusieurs moulins produisent de l’électricité. Par exemple, le Moulin de Buhulien (Lannion) est équipé d’une vanne automatisée et d’une roue qui fait tourner un alternateur produisant de l’énergie électrique.

    Des impacts sur les moulins

    Pour certains moulins, l'avenir est incertain. Les actions prévues pour la restauration de la continuité écologique visent des aménagements du cours d’eau qui font partie intégrante du patrimoine qu’incarnent les moulins. Le dictionnaire thématique de désignation des œuvres architecturales définit les moulins comme des édifices industriels ou artisanaux constitués d’un ensemble comprenant le plus souvent : barrage/seuil, bief, vanne, roue(s), bâtiment abritant les mécanismes, machines, logis, canal de fuite etc. Un moulin est donc indissociable de son seuil et de son bief qui sont de plus nécessaires à son bon fonctionnement. Bien que reconnus pour leur intérêt historique et culturel, en perdant totalement leur seuil, les moulins perdent leur capacité à fonctionner et leur intégrité.

    Or, les ouvrages perpendiculaires aux cours d’eau liés aux moulins, c’est-à-dire les seuils ou barrages, sont considérés par la LEMA comme des « obstacles à l'écoulement ».

    Voir : Obstacles perpendiculaires aux cours d'eau du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté [IVR53_20192207791NUDA]

    Sur le territoire du SAGE Baie de Lannion, les moulins du Pont-neuf, de Keriel et de Kervern sont sur la liste des ouvrages à enjeu essentiel de montaison pour toutes espèces, car sur ces ouvrages la mortalité des saumons et des anguilles dans les turbines est notable (Cf. Annexes).

    La solution au rétablissement de la circulation piscicole et sédimentaire la plus radicale est « l’effacement de l’obstacle ». C’est souvent le cas quand l’ouvrage en question n’a plus d'usage ou est désaffecté. La déconstruction du barrage ou du seuil est alors proposée. Quand l’ouvrage présente un intérêt patrimonial et paysager, des solutions intermédiaires peuvent être mises en œuvre :

    - l’aménagement d'une brèche, comme planifié au moulin du Losser (Ploubezre),

    - la stabilisation d’une « brèche existante », comme au moulin de Kergrist (Ploubezre),

    - la mise en place d’un dispositif de franchissement pour les poissons (passe à poisson) afin qu’ils puissent dévaler ou remonter le cours d’eau, comme l’échelle à poissons installée à côté du déversoir au moulin de Buhulien (Lannion),

    - l’ouverture des vannes pendant les périodes de migration,

    - l’abaissement du seuil.

    Les associations de propriétaires de moulins en Bretagne (ASMB, Collectif et moulins et riverains de Bretagne) ou national (Fédération des moulins de France - FDMF) n’opposent pas forcement les intérêts des propriétaires à ceux des défenseurs de l’environnement : l’objectif d’amélioration de l’état écologique des cours d’eau fait globalement consensus. En revanche, les solutions mises en œuvre pour y parvenir le font moins.

    La déconstruction d’aménagements liés aux moulins entraine une perte d’éléments patrimoniaux qui condamne les moulins concernés à ne plus jamais pouvoir fonctionner : on parle alors de « cécité énergétique ». Pour certains, le potentiel hydroélectrique peut être sous-estimé dans un contexte où les énergies renouvelables sont encouragées. Pour autant, si la restauration de la continuité écologique n’est pas le seul critère qui contribue à atteindre le bon état écologique des masses d’eau, il ne peut pas être ignoré.

    Face aux conflits d'usage au sujet des obstacles, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) a produit une étude. Dans son rapport publié en 201610, il vise la conciliation de la continuité écologique des cours d'eau avec la préservation des moulins patrimoniaux. Il reconnait ainsi certaines faiblesses dans la mise en œuvre de la restauration de la continuité écologique :

    - « Des objectifs ambitieux mais des coûts élevés avec des délais peu réalistes ». A titre d’exemple, la destruction des déversoirs au Moulin de Kerguiniou (Ploubezre) aurait couté près de 150 000 euros11.

    - « Le manque d'association des propriétaires de moulin qui se considèrent victimes de cette politique »

    - « Une cohérence mise à mal par des contre-exemples récents, posant la question du juste équilibre dans les contributions demandées aux acteurs de cette politique et entraînant un sentiment d'injustice chez les propriétaires de moulins »

    - « La difficulté à articuler une politique monothématique très cadrée, avec des approches territoriales qui peinent à émerger et à s'en approprier le bien-fondé. »

    A l’inverse, le CGEDD affirme que « tous [les moulins] ne justifient pas la sauvegarde inconditionnelle de leur seuil, notamment quand ils n'ont plus la capacité à participer à la gestion de la rivière ».

    En conclusion, le CGEDD propose de créer un statut de « moulin hydraulique patrimonial ». Sa reconnaissance serait fondée sur « la qualité de l'architecture, du paysage, de l'histoire et de la technique développée pour assurer la production de l'énergie hydraulique actuelle ou passée ». Un groupe de travail national sur les moulins patrimoniaux a été mis en place par le ministère chargé de la culture afin de définir la grille d'analyse permettant d’évaluer l'intérêt patrimonial d'un moulin. Cette méthodologie de reconnaissance d’un « moulin patrimonial », validée par les Ministères respectivement chargés de la culture et de l’environnement, sera ensuite transmise aux préfets, pour application. Cette prise en compte de "moulins patrimoniaux" amènerait à définir des orientations d’intervention « douce » pour la continuité écologique. Par exemple, une gestion régulière et coordonnée des vannages.

    Une autre proposition est que le ministère chargé de la culture crée un label "moulin patrimonial" en s’inspirant de la démarche d'attribution du label "patrimoine 20e siècle" introduit en 1999.

    L’implication des propriétaires de moulins dans les instances de concertation et la prise en compte des enjeux patrimoniaux pourraient être plus importants au moment de l’élaboration du SAGE et du SRCE. Il est par ailleurs question d’intégrer un volet consacré à la petite hydroélectricité dans les diagnostics territoriaux des SAGE. Ce volet comprendrait une estimation du potentiel de production, complété par une étude de faisabilité à la fois hydrologique, technique, environnemental, économique et juridique. Pour certains cas, si les conditions sont réunies, les projets de restauration de la continuité par ouvrage pourraient être étudiés avec l'option d'équiper les seuils pour l'hydroélectricité. Ceci étant, le potentiel hydroélectrique en Bretagne est relativement faible : d’après le schéma régional climat air énergie (SRCAE), le potentiel pour 2050 est fixé à la même valeur que pour 2020, à savoir 66 gigawatt. Le projet hydroélectrique en tant qu'argument de sauvegarde des moulins et de leur seuil n’est donc pas évident. Mais bien que peu rentable, la production d’électricité via l’énergie hydraulique des moulins permet symboliquement de les maintenir en activité, rappelant le sens initial de ces édifices souvent devenus des résidences.

    En 2016, la loi du 7 juillet relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine introduit ainsi l’article 101 qui stipule que « la gestion équilibrée de la ressource en eau ne fait pas obstacle à la préservation du patrimoine hydraulique, en particulier des moulins hydrauliques et de leurs dépendances, ouvrages aménagés pour l'utilisation de la force hydraulique ». Le code de l'environnement est modifié afin de tenir compte de la valeur historique, culturel et paysagère des systèmes hydrauliques et de leurs usages.

    L’enjeu aujourd’hui reste encore d’établir un équilibre entre la préservation du patrimoine à travers la protection des moulins et la restauration de la continuité écologique.

    1La continuité écologique, eaufrance, 27 août 2019. https://www.eaufrance.fr/la-continuite-ecologique2SIDO Bruno, Rapport n° 271 : Projet de loi sur l'eau et les milieux aquatiques, déposé le 30 mars 2005. https://www.senat.fr/rap/l04-271/l04-27114.html [Article 4]3Genèse de la continuité des rivières en France (2) : la loi de 1984, hydrauxois, 2017. http://www.hydrauxois.org/2017/07/genese-de-la-continuite-des-rivieres-en_31.html4Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau, Journal officiel n° L 327 du 22/12/2000 p. 0001 – 0073. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32000L00605Brandeis Alain, Michel Dominique, Concilier la continuité écologique des cours d'eau avec la préservation des moulins patrimoniaux, la très petite hydroélectricité et les autres usages. Pour un développement durable et partagé. Rapport de synthèse et propositions. Rapport détaillé d'état des lieux, Conseil général de l'environnement et du développement durable, Paris, 2016, 296 p.6Guide DCE Plan d’Action Opérationnel Territorialisé, Ministère de l'environnement, de l’énergie et de la mer, 2016. https://www.gesteau.fr/sites/default/files/gesteau/content_files/document/20160318_guide_paot.pdf7https://inpn.mnhn.fr/programme/inventaire-znieff/presentation8Trame verte et bleue, Ministère de la Transition écologique et solidaire, 2017. https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/trame-verte-et-bleue9Association agréée au titre de la protection de l'environnement dédiée à la gestion et à la restauration des grands migrateurs en Bretagne : http://www.observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr10Brandeis Alain, Michel Dominique, Concilier la continuité écologique des cours d'eau avec la préservation des moulins patrimoniaux, la très petite hydroélectricité et les autres usages. Pour un développement durable et partagé. Rapport de synthèse et propositions. Rapport détaillé d'état des lieux, Conseil général de l'environnement et du développement durable, Paris, 2016, 296 p.11Moulins : pour les riverains, la continuité écologique est « une fiction », Ouest France, publié le 16 octobre 2015. https://www.ouest-france.fr/bretagne/lannion-22300/moulins-pour-les-riverains-la-continuite-ecologique-est-une-fiction-3774152

Références documentaires

Documents d'archives
  • 28 S 6 Guindy et affluents.

    28 S 6 (1) Le Guindy (ruisseau de Conéry, dans le cours supérieur)

    I Pédernec et Louargat. Moulin de Conéry, 1910-1911 ;

    II Cavan et Tonquédec. Moulin de Quelennec, 1885 ;

    III Cavan et Tonquédec. Moulin du Pont-Guen, 1900-1907 ;

    IV Rospez et Caouënnec. Moulin de Rospez, 1911 ;

    V Langoat, Coatréven, Minihy-Tréguier. Curage, 1880-1881 ;

    VI Lanmérin et Langoat. Projet d'usine au Pont-Poyès, 1861-1864 ;

    VII Coatréven et Langoat. Moulin Vieux ou milin Goz, 1878-1881 ;

    VIII Langoat et Coatréven. Moulin Neuf ou milin Nevez, 1875-1879 ;

    IX Minihy-Tréguier. Autorisations de construction, 1859-1879 ;

    X Minihy-Tréguier, Camlez, Plouguiel. Etang et moulin du Pont-Neuf 1851-1900 ;

    XI Minihy-Tréguier et Plouguiel. Moulin de Troguindy, 1882-1883 ;

    XII Minihy-Tréguier et Plouguiel. Moulin de Keralio, 1862-1864 ;

    XIII Minihy-Tréguier et Plouguiel. Moulin du Pont, 1859-1864 ;

    XIV Plouguiel et Minihy-Tréguier. Moulin de Kerousy, 1862-1873 ;

    XV Minihy-Tréguier et Plouguiel. Moulin l'Evêque ou du Guindy 1859-1866.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 28 S 6 (1)
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    Collection particulière

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