• pré-inventaire
  • étude d'inventaire
  • enquête thématique départementale, Inventaire des églises et chapelles d'Ille-et-Vilaine
Eglise paroissiale Sainte-Trinité (La Bosse-de-Bretagne)
Œuvre étudiée

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bretagne - Sel-de-Bretagne (Le)
  • Commune La Bosse-de-Bretagne
  • Cadastre B1 432
  • Dénominations
    église paroissiale
  • Vocables
    Sainte-Trinité

Ce dossier thématique, au-delà de sa matière historique, s’articule autour du prisme de la valorisation et de la conservation de l’église Sainte-Trinité de La Bosse-de-Bretagne. En effet, documenter pour pouvoir mieux protéger est l’objectif de cette étude qui s’inscrit dans le sillage de la reconnaissance et valorisation grandissante du patrimoine religieux du XIXe siècle. De plus, il est important de remarquer d’emblée que, depuis les importants travaux de voirie réalisés dans la seconde moitié du XXe siècle, l’église fait office de rond-point, ce qui pose un certain nombre de questions, non seulement en terme d’appréhension architecturale et urbaine de ce bâtiment, mais également pour ce qui est de la conservation de celui-ci, car la proximité de la circulation, notamment d’engins agricoles, soumet le bâtiment à d’importantes vibrations qui le fragilisent. 

I- La construction de l’église Sainte-Trinité dans le contexte rural de La Bosse-de-Bretagne

Une construction issue de la réorganisation des paroisses

Avant l’édification de l’église néogothique actuelle, une église romane (XIe-XIIe siècles) prenait place au cœur du bourg de La Bosse-de-Bretagne. Au XVe siècle, elle était mentionnée sous le vocable de “Nostre Dame de la Boce” [Archives municipales de La Bosse-de-Bretagne. Dossier historique de la commune]. Elle se plaçait à cheval sur le ruisseau des Noës qui servait de limite aux paroisses de Lalleu-Saint-Jouin et de Saulnières. La petite église de La Bosse-de-Bretagne faisait donc office de trêve, avec une nef située dans la paroisse de Lalleu et un chœur établi en Saulnières. Le recteur de Saulnières devait ainsi « célébrer, de trois dimanches l’un et le lendemain des fêtes de Pâques, la Pentecôte et Noël, la messe dans la dite chapelle de La Bosse et y dire les vêpres à la manière accoutumées » tandis que le recteur de Lalleu « il y fera pareillement le service divin de quatre dimanches l’un, le jour et fête de la Trinité et les troisièmes féries de Pâques, Pentecôte et Noël » [Archives municipales de La Bosse-de-Bretagne. Dossier historique de la commune. Sentence présidiale du 21 janvier 1677]. Cette situation demeure jusqu'à la Révolution française, où elle est érigée en succursale par une ordonnance du 16 juillet 1803. Cependant, la nouvelle paroisse est supprimée rapidement et rattachée au territoire du Sel en 1807. Néanmoins, la volonté d’une paroisse indépendante ne quitte pas l’esprit des Bosséens qui expriment, lors de la Restauration, le souhait de posséder leur propre paroisse et achètent donc un terrain où ils construisent le presbytère, encore présent aujourd’hui. Ainsi, le 16 juin 1826, le roi Charles X délivre une ordonnance érigeant de nouveau La Bosse-de-Bretagne en succursale. La création de cette nouvelle paroisse et le très mauvais état de l’église romane en raison de la proximité du ruisseau, sont autant d’arguments favorisant l’édification d’une nouvelle église, qui sera construite de 1857 à 1866, sous la direction du recteur Julien Dartois puis de son successeur François Leclère. Il s’agit là d’une action très récurrente en ce milieu du XIXe siècle. Nous pouvons citer l’église Saint-Clément de La Richardais qui est également érigée suite à l’obtention du statut de succursale, ou encore Teillay, où une église est reconstruite sur un édifice du XVe siècle. Par ailleurs, la construction de l’église de La Bosse-de-Bretagne ne semble pas avoir de lien avec la croissance démographique de la commune, car celle-ci connaît son pic démographique postérieurement, à partir des années 1880. Cependant, l’église peut être considérée comme le point de départ d’une modernisation du bourg entamée dès les années 1860, de la même manière qu’au Sel-de-Bretagne. En somme, on voit bien qu’une commune rurale comme La Bosse-de-Bretagne n’est aucunement déconnectée de ce qui se passait ailleurs dans le diocèse de Rennes et ne telle émulation constructive est à mettre en lien avec la politique ecclésiale portée par l’archevêque de Rennes, Godefroy Brossais-Saint-Marc. 

Une édification portée par la politique de Godefroy Brossais-Saint-Marc

Ce nom n’est pas anodin pour l’histoire politico-religieuse de la Bretagne et a fortement contribué à son rayonnement religieux au cours du XIXe siècle. Godefroy Brossais-Saint-Marc, originaire de Bourg-des-Comptes, est ordonné prêtre en 1831 par Mgr de Lesquen. Puis celui-ci appelle Brossais-Saint-Marc en tant que vicaire général en 1834. En février 1841, l’abbé Brossais-Saint-Marc est nommé évêque de Rennes, suite à la démission de Mgr de Lesquen. Doté d’une forte personnalité, le nouvel évêque s’attire la sympathie du couple impérial lors d’une visite officielle en 1858. En effet, Godefroy Brossais-Saint-Marc joue un rôle politique local important contribuant à l’adhésion des fidèles du diocèse à l’Empire. Ainsi, il obtient de Napoléon III le statut non plus d’évêché de Rennes mais d’archevêché. Godefroy Brossais-Saint-Marc devient dès lors le premier archevêque de Rennes. En 1875, Louis Tiercelin, écrivain et dramaturge, écrit une notice biographique sur l’archevêque à l’occasion de son cardinalat et avance, sans trop s’étendre, un fait important : la matérialisation de la politique de Godefroy Brossay-Saint-Marc par l’entremise de son frère architecte pour le diocèse de Rennes, Edouard Brossais-Saint-Marc. L’archevêque met en place une politique importante visant à reconstruire les églises, dont bon nombre ont été détruites et abandonnées depuis la Révolution française. Ainsi, plus de 200 églises ont été reconstruites ou restaurées sous l’impulsion de Godefroy Brossais-Saint-Marc. Ce dernier étant de tendance orléaniste, il commanda bien souvent des constructions néogothiques, dans une référence nostalgique à l’Ancien Régime.

Le néogothique comme cadre de construction de l’église Sainte-Trinité

Le XIXe siècle voit émerger un renouveau catholique, qui se traduit dans la pierre. En Ille-et-Vilaine, 169 paroisses sur 367 (46%) voient leur église reconstruite et La Bosse-de-Bretagne participe de ce mouvement. C’est dans un style spécifique que sont reconstruites ces églises ; le “néogothique”. Ce terme évoque une dynamique historiciste et un retour aux formes gothiques, un style architectural apparu vers 1150 et trouvant son apogée au tournant des XVe et XVIe siècles. Ses principales caractéristiques sont les voûtes sur croisée d’ogives, d’où son autre appellation : le style ogival. Il se caractérise également par l’utilisation d’arcs brisés, ainsi qu’un souci de la lumière avec la multiplication des baies, rendue possible par un plus grand développement en hauteur des édifices, lui-même permis par le nouveau système constructif associant voûtes sur croisées d’ogives et arcs boutants. Evoquant d’abord un goût pour l’évasion au même titre que l’orientalisme, le néogothique cherche progressivement la vraisemblance archéologique. 

Mais pourquoi choisir le gothique pour la reconstruction des églises au lendemain de la Révolution française ? Mgr Groing de La Romagère, évêque de Saint-Brieuc, rend compte, en 1841, de cette atmosphère qui caractérise la société du XIXe siècle [cette citation de Mgr Groing de la Romagère date de 1841 et prend lieu dans le cadre de la bénédiction de la première pierre de la chapelle des Missionnaires, à Rennes ]:  

Le style ogival, vulgairement appelé gothique, est à proprement parler le style chrétien. C’est celui qui convient le mieux à nos temples. Ce n’est pas sans raison que les hommes de l’art ont dit qu’il était le symbole de la prière, de la foi, du miracle etc… qu’il nous élève vers le ciel, que le plein-cintre, avec ses colonnes grecques dues aux siècles païens, nous rabaisse vers la terre…”.

Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, écrit à partir de 1850, inachevé et publié à titre posthume à partir de 1913, définit déjà le gothique comme étant le “style d’architecture portant plus à la religion que les autres”. Ce besoin d’une architecture arborant la plus haute expression de la chrétienté n’est pas sans lien avec l’état moral de la société selon Auguste Pugin, célèbre architecte britannique du XIXe siècle. En effet, ce climat néogothique vise à lutter contre une société moderne jugée laide, individualiste et pernicieuse quand le Moyen Age, lui, prônait la collectivité, l’artisanat et l’estime du travail manuel menacé par l’industrialisation. Ainsi, des communes rurales telle que La Bosse-de-Bretagne, n’étaient aucunement à l’écart de ces modes et états d’esprit puisque, dès les années 1850, sur la demande des habitants, l’église de La Sainte-Trinité est érigée dans des formes purement gothiques. On y retrouve les voûtes sur croisée d’ogives, des baies en arc brisé composées de deux lancettes trilobées, ou encore une rose sur le massif occidental. Ce motif de la rose ne se retrouve d’ailleurs nulle part ailleurs dans les constructions d’Edouard Brossais-Saint-Marc, hormis à Pancé ou à La Chapelle-de-Brain. Dans les autres constructions, une horloge est installée à la place de la rose. 

II- Un architecte singulier

Edouard Brossais-Saint-Marc : formation et territoire d’action

L’archevêque de Rennes a donc développé sa politique de construction par le biais de son frère Edouard Brossais-Saint-Marc (1800-1879). Celui-ci, qui habite le château familial du Boschet, à Bourg-des-Comptes, et il a suivi de très près la reconstruction de l’église paroissiale (1840-1854) de cette commune, première église paroissiale de style néogothique dans le diocèse de Rennes. L’architecte chargé de ce chantier était Charles Langlois (1811-1896), qui menaça bien souvent de démissionner de ce chantier. En effet, la construction se fit grâce à un généreux don de la famille Brossais-Saint-Marc et, de ce fait, Edouard fut extrêmement impliqué, voire intrusif, dans l’édification de l’église, tant et si bien qu’il se déclara lui-même architecte à l’issue de cette construction. Sans véritable formation d’architecte mais pourvu de l’appui de son frère archevêque, Edouard Brossais-Saint-Marc construit ensuite une douzaine d’églises, uniquement en d'Ille-et-Vilaine et toutes dérivées du modèle de Bourg-des-Comptes. Dans toutes les communes concernées, les travaux sont longs, en raison de difficultés économiques. La majeure partie des archives consultées relate des demandes de subventions au ministre, ainsi qu’au préfet. Pour La Bosse-de-Bretagne, les subventions n’ont cessé d’augmenter, allant de 1000 francs initialement, pour une somme double au final. Cela explique la juxtaposition des chantiers d’Edouard Brossais-Saint-Marc, ce dernier devant composer avec les réalités économiques des communes. 

Une église dite “standard”

Les constructions d’Edouard Brossais-Saint-Marc dérivent du modèle constructif qui lui a servi de formation, à savoir les plans de l’église Notre-Dame de Bourg-des-Comptes. Tout en s’inscrivant dans un contexte architectural prônant le retour au style gothique, Edouard Brossais-Saint-Marc suit toujours le même système de plan. Il s’agit d’une église en croix latine assez allongée, terminée par un choeur en abside flanqué de deux sacristies. Le massif occidental se compose d’une tour flanquée de deux vastes pièces. Le bâtiment est rarement doté d’une flèche, faute de moyens. A La Bosse-de-Bretagne, l’église ne sera dotée d’une flèche que dans la première moitié du XXe siècle. C’est peut-être son absence de formation d’architecte qui explique ce manque d’évolution dans la manière de construire d’Edouard Brossais-Saint-Marc. Il est aussi intéressant de souligner son étroite collaboration, durant toute sa carrière, avec Charles Langlois. L’analyse des archives révèle de multiples confusions dans l’attribution de certaines églises, et il est certain que le frère de l’archevêque et l’architecte diocésain en titre se sont partagé de nombreux chantiers. 

Valoriser une série ?

L’église Sainte-Trinité de La Bosse-de-Bretagne s’inscrit donc dans le contexte de son temps, le XIXe siècle, et témoigne d’un réel renouveau de la société française sur les plans religieux, urbanistique et politique, auquel n’échappent pas les communes qui composent aujourd’hui la communauté de communes BPLC. Mais elle se distingue par la spécificité de son concepteur ; Edouard Brossais Saint-Marc et en tant qu’incarnation de la politique et de l’action épiscopales d’un homme à la forte personnalité : Godefroy Brossais Saint-Marc, évêque puis archevêque du diocèse de Rennes, de 1841 à 1878.

Cette église appartient à un ensemble d’édifices qui partagent ces caractéristiques, c’est pourquoi il pourrait être pertinent pour BPLC de valoriser, en tant que série, l’ensemble, particulièrement représentatif en Ille-et-Vilaine, des églises construites par Edouard Brossais-Saint-Marc sur son territoire.

L'ancienne église possédait un arc triomphal, des fenêtres en meurtrières et avait un chevet arrondi vraisemblablement de l'époque romane. Elle était entourée d'une litre aux armes des Coëtquen, seigneurs de Poligné à la fin du 16e siècle. L'église actuelle a été reconstruite par Edouard Brossais Saint-Marc dans le 3e quart du 19e siècle.

Plan en croix latine, lambris de couvrement, clocher-porche, chevet à pans coupés, style néogothique.

  • Murs
    • schiste
    • quartzite
    • calcaire
    • moellon sans chaîne en pierre de taille
    • appareil mixte
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan en croix latine
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • lambris de couvrement
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit polygonal
    • pignon découvert
    • pignon couvert
  • Typologies
    clocher-porche ; chevet à pans coupés ; style néogothique
  • Techniques
    • vitrail
  • Statut de la propriété
    propriété publique

Annexes

  • Etude d’inventaire sur le canton du Sel-de-Bretagne, 1971 :
Date(s) d'enquête : 1971; Date(s) de rédaction : 1971, 1994, 2026