La façade sud sur rue est typique de bon nombre de façades de la rue Poterie plaquées à la fin du 19e siècle sur une demeure plus ancienne. L'iconographie conservée au musée du château de Vitré présente l'état ancien de cette façade avant sa destruction, vraisemblablement réalisée en application du plan d'alignement de 1842. A l'origine, cette façade est celle d'une maison à porche, typique de la rue Poterie. Deux piliers de bois moulurés soutiennent l'avancée de deux étages sous un comble brisé. Chaque étage est percé d'une baie, celle du premier étage étant accostée d'une seconde baie plus petite ouverte à l'angle sud-ouest du bâtiment. Comme bon nombre de maisons vitréennes en pan de bois, la façade sur rue avait été recouverte d'un essentage d'ardoise, vraisemblablement au 19e siècle. Cette demeure de grandes dimensions, proche de l'hôtel urbain, abritait sans doute une boutique au rez-de-chaussée, le porche permettant un agrandissement de l'espace commercial, à l'abri des intempéries. En revanche, les espaces intérieurs devaient être particulièrement luxueux. Une porte à l'angle sud-est de la construction s'ouvrait sur un couloir latéral desservant la cour et les étages de manière indépendante. Le caractère exceptionnel de cette construction réside principalement dans une cheminée aujourd'hui conservée au musée du château de Vitré et présentée au deuxième étage de la Tour Saint-Laurent. Cette cheminée de style Renaissance est datée de 1583 et présente un décor foisonnant de grande qualité. Ce décor a la particularité de reprendre les bustes des commanditaires de cette demeure : Lucas Royer et Françoise Gouverneur, riche couple de marchands d'Outre-Mer. En effet, au milieu du 16e siècle, Lucas Royer et son épouse, Françoise Gouverneur, occupent l'actuel n°28, la plus haute des maisons de la rue Poterie. Leurs familles ont fait fortune dans le commerce de la toile. Ancêtre de Lucas Royer, André Le Royer est membre fondateur de la Confrérie des Marchands d'Outre-Mer, créée le 10 mars 1472. Cinq Le Royer et trois Gouverneur en furent les prévôts du 15e au 17e siècle, attestant ainsi de la puissance de ces deux familles qui figurent dans le Nobiliaire de Bretagne et portent des armoiries. Datée de 1583, la cheminée monumentale commandée par Lucas Royer et son épouse est destinée à orner la pièce d'apparat de leur demeure. Rivalisant avec les cheminées en tuffeau des châteaux du Val-de-Loire, elle est le signe ostentatoire de leur ascension sociale, même si l'emploi du grès trahit une facture locale. Nous n'avons pas de certitude quand à l'auteur de cette cheminée. Toutefois, seul un sculpteur habitué à ciseler le grès - pierre très dure - a pu exécuter ce tour de force. Un nom a été avancé, celui d'André Bonnecamp, tailleur d'images, décédé à Vitré en 1616, et dont le père, Jean Bonnecamp, était lui-même sculpteur à Vitré. Dans un article publié en 1894 et intitulé « La cheminée monumentale du Musée de Vitré », Arthur de la Borderie précise que « la cheminée de Lucas Royer resta au lieu où il l'avait placée, pendant près de trois siècles, c'est-à-dire jusqu'à l'année 1876, sans nulle détérioration. Quand il venait quelque étranger curieux de belles choses ou de beaux monuments, on ne manquait pas de lui faire visiter la cheminée. Ce qui avait beaucoup changé, c'était la salle qui la contenait. Les murailles étaient nues, poudreuses. Pour tout mobilier, des mesures à blé de diverses tailles et d'immenses tas de blé occupant toute la longueur de la pièce ». La demeure qui abrite la cheminée a changé de statut et a perdu son faste ; le plan d'alignement l'amputera même de son porche, bientôt remplacé par une façade moderne. Le maire de Vitré, Monsieur Ragot, s'inquiète d'une possible disparition de la cheminée. En 1875, il propose à Monsieur du Bourg, son propriétaire, d'en faire l'acquisition. Ce dernier refuse catégoriquement, affirmant qu'il sait apprécier le chef-d'oeuvre qu'il possède. Pourtant en 1876, on apprend que la cheminée a été vendue. « Ce monument vitréen a été démonté pièce par pièce, emballé, enlevé et chargé sur le chemin de fer, déporté de Vitré à Laval ». L'acquéreur, un riche industriel lavallois, avait l'intention de construire un hôtel particulier néo-renaissance dont la cheminée aurait été la pièce maitresse. La Borderie prend contact avec le nouveau propriétaire, Monsieur de la Broise, afin de faire exécuter des moulages de la cheminée. Le propriétaire ne s'y oppose pas, mais précise que les moulages ne seront possibles que lorsque la cheminée sera remontée. Les années passent et l'hôtel n'est pas construit. On apprend alors que Monsieur de La Broise a quitté Laval pour Paris. Qu'est-il advenu de la cheminée ? On dit qu'elle a été revendue. Heureusement, il n'en est rien et en 1894, Monsieur de la Broise écrit au maire de Vitré lui proposant l'acquisition de la cheminée tant convoitée au prix de 3500 francs. Elle se trouve encore à Laval ; dans le sous-sol d'une filature d'Avesnières. « Les sculptures, depuis leur arrivée de Vitré, n'étaient jamais sorties de leurs caisses ; mais ces caisses avaient été ouvertes, on y avait jeté du charbon, des débris de toute nature. Par suite, plusieurs fleurons avaient été mutilés, plusieurs statuettes disloquées, décapitées, toutefois rien d'irréparable. » Trois maçons furent nécessaires pour charger les pièces de la cheminée rapatriées à Vitré le 17 mai 1894. La Ville acquit de plus le linteau de granite, les colonnes et les consoles qui étaient restés dans la maison de la rue Poterie ; ceci presque 20 ans après le départ de la cheminée. Son remontage au sein du musée du château se fit sous la direction de l'architecte Morin. Monsieur Valentin restaura et créa certains bustes en haut-relief inscrits dans les médaillons de la partie supérieure aux emplacements des poutres d'origine.
- inventaire topographique
- (c) Ville de Vitré
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Vitré
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Commune
Vitré
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Adresse
28 rue Poterie
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Dénominationsmaison
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Période(s)
- Principale : 4e quart 16e siècle
- Secondaire : 2e moitié 19e siècle
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Dates
- 1583, porte la date
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Auteur(s)
- Personnalité : commanditaire attribution par analyse stylistique
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Personnalité :
Gouverneur Françoisecommanditaire attribution par analyse stylistiqueGouverneur FrançoiseCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Sur un rez-de-chaussée à usage de boutique, la façade sur rue s'élève sur deux niveaux coiffés d'un comble plus bas que celui qui couvre les trois quarts du reste du bâtiment. Cette façade est rythmée par deux travées, les deux baies du premier étage s'ouvrant chacune sur un balconnet de fonte. Les deux baies de l'étage supérieur disposent d'un garde corps. Chaque niveau est marqué par un bandeau de grès. Les chaînages d'angle, comme les encadrements des baies et la corniche à modillons sont également en grès. Le comble est éclairé d'une lucarne à la capucine. La façade a reçu un enduit recouvrant le mur constitué de moellon de grès, appareillage toujours visible et resté nu sur le mur Est du bâtiment. La façade nord sur cour est construite en moellon de grès et de schiste. Cette façade pignon présente une travée composée de quatre baies superposées dont les dimensions se réduisent au fur et à mesure que l'on se rapproche du comble. Au rez-de-chaussée, une large baie donne directement sur l'ancienne cour et a conservé son encadrement de grès chanfreiné. La menuiserie actuelle est composée d'une imposte surmontant deux vantaux. Les baies des premier et deuxième étages sont encadrées de blocs de grès taillés de grande qualité, tandis que la petite baie éclairant le comble reste très modeste avec son appui et son linteau de bois. La baie du rez-de-chaussée est accostée, à l'ouest d'une petite baie quadrangulaire dont l'appui est en ciment et à l'Est, d'une porte à l'encadrement de grès chanfreiné dont le linteau présente une très discrète accolade. La menuiserie sculptée de cette porte a été conservée. La baie du premier étage jouxte, à l'Est, une porte murée dont l'encadrement est identique à celui des baies des étages supérieurs. La façade ouest est percée de plusieurs baies dont certaines de grandes dimensions ne sont pas sans rappeler celles du numéro 20, avec leurs encadrements de grès. Certains appuis sont en granite. D'autres, plus petites sont ouvertes à l'angle nord-ouest et éclairent l'escalier.
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Murs
- grès
- schiste
- enduit
- moellon
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Toitsardoise
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Statut de la propriétépropriété privée
- (c) ville de Vitré
- (c) Ville de Vitré
- (c) ville de Vitré
- (c) ville de Vitré
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- (c) Région Bretagne
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- (c) ville de Vitré
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Photographe à l'Inventaire